Rêve américain

Son blaze ? Anderson .Paak. Son boulot ? Révolutionner le rap. Découvert aux côtés de Dr Dre sur l’album Compton en 2015, il est aujourd’hui devenu une figure du hip-hop west coast. Un succès concrétisé par un deuxième disque, Malibu, sorti le 15 janvier. Retour sur un parcours hors normes.

 

Né en 1986, Brandon Paak Anderson s’illustre très tôt dans l’église de Saint Paul, à Los Angeles, dont il rythme les messes avec sa batterie. Une enfance bercée par la musique… et les coups. Il n’a que 7 ans lorsque son mécanicien de père est incarcéré pour avoir battu sa mère. Qui finira elle aussi derrière les barreaux pour fraude. En grandissant, le jeune zicos coupe les ponts avec sa famille pour fonder la sienne. Désormais marié et père, il est embauché dans une ferme de marijuana à Santa Barbara. Nouveau coup dur pour notre homme qui devient SDF suite au dépôt de bilan de la boîte. Une période difficile, certes, mais salvatrice car elle lui permettra de se consacrer pleinement à la musique.

Coup de maître – Nous sommes en 2010, Brandon répond désormais au nom de Breezy Lovejoy et s’approprie les scènes de L.A. Aussi à l’aise à la batterie qu’au piano, il électrise les foules. Entre la funk, l’electro, le R’n’B ou la soul, le cœur du prodige balance. Il choisit… de ne pas choisir, immortalisant son talent sur plusieurs EP, dont Cover Art (2013) qui regorge de reprises. Mention spéciale à l’éthéré Heart of Gold, vibrant hommage à Neil Young. Le premier album d’Anderson .Paak (VENICE, 2014) est un coup de maître tout en nuances et subtilité. Jamais là où on l’attend, toujours là où on l’espère. Forcément, son nom et sa voix douce parviennent jusqu’aux esgourdes de Dr Dre, qui le signe sur son titanesque Compton. Une trouvaille dont le Doc n’aura pas le monopole, son poulain répondant aux avances d’un autre géant du rap US, The Game (sur The Documentary 2.5).

Feu d’artifice – En 2016 sort donc le magistral Malibu. Paak voit les choses en grand. Et en couleurs, comme sur le merveilleux The Dreamer interprété avec Talib Kweli. Un feu d’artifice sonore. Lumineux, il explore les différentes facettes de la musique afro-américaine pour en extraire l’essence. A la funk toute particulière de Come Down se greffent ainsi les chœurs gospels de Put Me Thru. Un son à l’accent vintage qu’on pensait disparu. A travers le suave Without You, il puise dans le golden age du R’n’B ricain des années 1990. Et expose par la même occasion une autre facette de sa personnalité, plus cynique. Avec The Waters, le génie californien déploie son flow magistral pour livrer une performance rap sous forme d’ego trip malicieux. Il renoue avec son goût pour electro comme emprunté à Jamiroquai sur Am I Wrong ? Rassure-toi Brandon, tu sembles avoir tout bon. Pour preuve, Dr Dre ne te lâche plus et ajoute ton nom sur la guest list de son label Aftermath. Et ça n’est que le début.

Sonia Abassi
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