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(Dé)collage immédiat

(c) Joe Webb

Oniriques, mais surtout très ironiques, les collages de Joe Webb ne laissent pas indifférents. Dénichées dans des magazines, des journaux et réarrangées avec un subtil sens de l’humour, ces images pointent les grandes inégalités de notre temps. Cet Anglais de 39 ans installé près de Brighton dévoile quelques secrets de fabrication.

Quel est votre parcours ? L’art a très tôt fait partie de ma vie, mais je m’en suis détourné en devenant graphiste designer. Au bout de quelques années, je me suis rendu compte que ce métier ne me plaisait pas alors je suis revenu au collage, que j’avais découvert à 20 ans. Cela m’a pris un moment avant d’admettre que je pouvais gagner ma vie en tant qu’artiste.

Quelle est votre démarche ? Je mélange des images glanées çà et là pour véhiculer une idée, tendre un miroir au monde qui nous entoure. Je ne cherche à culpabiliser personne, mais à mettre en lumière de grandes inégalités.

Quels sont vos sujets favoris ? La guerre, les questions environnementales… Toutes ces choses complètement dingues que nous nous infligeons au nom de l’économie. Le cosmos est également un autre grand centre d’intérêt.

(c) Joe Webb

(c) Joe Webb

Quelle technique employez-vous ? Après avoir utilisé Photoshop durant des années, je voulais renouer avec une certaine simplicité. L’idée de me détacher de l’écran d’ordinateur me plaisait beaucoup. J’ai alors réduit les milliers d’options disponibles sur un logiciel à quelques-unes, en œuvrant manuellement. Désormais, j’ai seulement besoin d’un scalpel et d’un tube de colle !

Est-il vrai que vous n’utilisez que trois images par collage… Et pourquoi ? Oui, de cette façon le message est d’autant plus clair et concis.

D’où viennent les images que vous utilisez ? Il y a tellement de choses disponibles sur Internet qu’il n’y a aucun mérite à s’en servir. Du coup, je m’efforce de trouver des images dans des journaux, des magazines…. Procéder de cette manière tient de la sérendipité, chose que vous n’obtiendrez pas en déambulant sur le web. Mon dernier travail s’appuie d’ailleurs sur des images issues d’un unique journal. C’est hallucinant de trouver un cliché rapportant d’horribles souffrances humaines à proximité d’une pub pour Rolex.

Pourquoi de nombreuses images sont-elles tirées des années 1950- 60 – 70 ? J’aime leur qualité d’impression, leurs couleurs si vives. Et puis beaucoup d’entre elles montrent une vision joyeuse et brillante de la vie alors que, en réalité, d’horribles et sombres événements avaient lieu à l’époque.

(c) Joe Webb

(c) Joe Webb

Raoul Hausmann, avec le club Dada, utilisait les collages pour critiquer la politique… Vous sentez-vous proche de ce mouvement ? Oui, il y a une grande tradition de collages politiques. Il s’agit du moyen idéal pour subvertir, il est lui-même très utilisé part les médias.

Utilisez-vous d’autres moyens d’expression ? Je commence à réaliser des peintures à partir de mes collages.

Pour qui travaillez-vous ? Pour moi ! J’ai certes réalisé des couvertures d’album, pour Janelle Monáe, The Madden Brothers, par exemple. Mais je n’honore pas beaucoup de commandes car la plupart d’entre elles impliquent la vente de produits…

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