Home Cinéma L’Homme irrationnel

Hasard et châtiment

De Woody Allen
©Mars distribution

Depuis Crimes et délits, en 1989, un écrivain ne cesse de hanter le cinéma de Woody Allen : Fiodor Dostoïevski. Après Match Point et Le Rêve de Cassandre, L’Homme irrationnel offre une nouvelle variation autour de Crime et Châtiment. Au risque de la répétition ?

Prof de philosophie aussi brillant qu’autodestructeur, Abe Lucas est précédé par sa réputation. Son arrivée dans une petite fac de la Nouvelle-Angleterre ne laisse personne indifférent. Surtout pas ses collègues féminines et ses étudiantes. à ce personnage de séducteur, Joaquin Phoenix offre une nonchalance blessée, une massivité fragile. Avec ses vieux tee-shirts collés sur un ventre rebondi, l’acteur semble poursuivre son travail méthodique de destruction du glamour dont le sommet était le faux documentaire de Casey Affleck, I’m Still Here. Il y apparaissait, on s’en souvient, en néo-rappeur à dreadlocks dénué de talent. C’est sans doute la vraie (et la seule) nouveauté de ce film : un acteur masculin qui n’essaye pas d’imiter Woody et sa fameuse élocution.

Coup de dés – Pour le reste, L’Homme irrationnel rejoue une vieille question : un crime peut-il être moral ? C’est à la fois la limite et le talent d’Allen que de l’envisager de manière presque abstraite. Les personnages sont avant tout des fonctions dans une démonstration. D’où cette légère misanthropie, cette distance amusée vis-à-vis de ceux qui croient être maîtres de leur destin. Ne règnent en effet chez le cinéaste que la chance et le hasard. Cela a donné matière à ses plus belles comédies, comme à ses drames les plus désespérés. L’Homme irrationnel n’est ni l’un ni l’autre, juste un film mineur qui relance avec malice les dés. Ce n’est pas si mal.

Raphaël Nieuwjaer

Avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey…

Sortie: le 14.10.15


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