Journal de deuil

De Patrick Wang

Un père, une mère, trois enfants. Leur vie semble faite de l’étoffe la plus ordinaire. Entre eux, pourtant, une douleur n’en finit pas de se réveiller : celle causée par la mort d’un bébé. Pour son deuxième film, Patrick Wang offre un drame subtil, toujours attentif à ses personnages.

 

In the Family, le premier film de Wang tourné en 2011, n’avait trouvé le chemin des salles françaises qu’en 2014. Bouclé en une poignée de semaines, ce drame de presque trois heures autour de la garde d’un enfant n’avait aussi connu qu’une distribution confidentielle aux Etats-Unis. Certainement le prix à payer lorsqu’on rompt avec la standardisation d’un certain cinéma indépendant. Depuis, cette œuvre s’est attirée les faveurs de la critique hexagonale et la bienveillance du public. Les Secrets des Autres était donc attendu. Plus modeste en apparence, il confirme le style du cinéaste, notamment son goût pour les longues scènes de conversation, et les plans-séquences en intérieur. Mais le film présente aussi des expérimentations au niveau du récit.

Puissance de la parole — Pour adapter le roman de Leah Hager Cohen, The Grief of Others, Wang a cherché des moyens de traduire au cinéma le surgissement du passé. Le flash-back prend alors des formes nouvelles : le plan s’interrompt, deux images s’entrechoquent dans de somptueuses surimpressions, l’histoire se retourne sur elle-même. Ces inventions n’entament pas le réalisme tant convoité par le metteur en scène. La narration diffractée accueille de longues prises et un jeu d’acteurs, tout en retenue. Comme dans In the family, la douleur s’estompe à mesure que la parole émerge. Ce n’est sans doute pas la moindre qualité de ce film que de faire en sorte que chaque mot compte.

Raphaël Nieuwjaer

Avec Trevor St. John, Wendy Moniz, Jeremy Shinder…


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