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L'intime festival

© Marianne Grimont

On connaissait l’acteur, le personnage « bigger than life », la tornade des plateaux de télé… un peu moins le passionné de littérature. Benoît Poelvoorde a créé l’Intime Festival il y a trois ans, lors d’un de ces moments de spleen qui le saisit parfois. S’il n’apprécie pas l’exercice de la promo, passant de l’hostilité à l’hilarité en une seconde, le Namurois nous ouvre les portes d’un jardin secret où il invite écrivains, comédiens, dessinateurs, musiciens à cultiver et partager leur amour des mots. Entretien sans fausse pudeur.

 

Comment présenteriez-vous ce festival ?

Je le résumerais difficilement, le principe est un peu obscur. Personne ne se lève le matin en se disant : « tiens, je vais faire un festival de l’intime ! » Je pense que c’est un caprice de gens heureux. En attendant, c’est déjà la troisième édition, et je prends toujours autant de plaisir à recevoir des gens extrêmement élégants.

Rien de plus précis ?

Je vais te le dire : je m’ennuyais beaucoup dans la vie, comme tous les gens gâtés… alors des amis m’ont demandé : « mais quelles sont tes passions ? ». J’ai répondu : « les bagnoles et les bouquins ». Donc, soit je monte un festival de tuning, mais ça ne va intéresser personne, soit j’organise un festival de littérature, mais il en existe un million, truffés de gens qui connaissent tout sur tout… Alors j’ai décidé de mettre en place un festival sur ce qui me touche le plus au monde : l’intime ! Quelque-chose qui appartient et parle à chacun de nous.

Que pourrions-nous découvrir durant ce week-end ?

Je souhaite avant tout partager un moment de grâce. Je n’ai pas de message à communiquer aux gens, je ne suis pas un homme politique, mais je suis certain d’une chose : cela vaut le coup de titiller notre sensibilité. Ce n’est en aucun cas un festival du « je parle de moi », mais un festival du « j’ai peur de parler de moi ».

Et plus concrètement sur scène ?

Vous allez vivre un moment rare face à des acteurs qui liront des textes qu’ils n’ont jamais joués. Le spectateur peut se sentir proche d’un comédien qui ne connaît pas forcément son bouquin. Il devrait partager quelques craintes et se demander : « va-t-il y arriver ? ». Chaque lecture ne dure pas plus de 40 minutes. Mais, la durée importe peu. Il faut surtout être prêt à écouter des textes profonds et touchants sur la guerre, les femmes, les autres, la terreur… Personne ne se sentira exclu parce que ces livres parlent à tout le monde. Une seule page de l’un d’entre eux peut changer ta vie. 

Avez-vous des coups de cœur ?

Bouli Lanners va lire le bouquin d’un mec (ndlr : Phil Klay) qui a remporté le National Book Award, le plus grand prix qu’on puisse obtenir aux Etats-Unis. Il a fait la guerre en Irak et il a écrit un recueil de nouvelles. Il fallait trouver quelqu’un pour lire ça ! Pour rendre compte d’une certaine souffrance, même si l’on est finalement loin de la guerre en Irak. On a choisi Bouli parce qu’il a le corps d’un homme de 40–50 ans, un peu fatigué. Il n’a jamais lu sur scène et il ne le fera plus jamais après.

Auriez-vous aimé être écrivain ?

Non, je n’ai pas cette prétention, j’ai trop de respect pour les textes et les lecteurs, vraiment. D’ailleurs, pour raconter quoi ? Mes années de douleur, comme Charles Aznavour ? Moi, je ne confonds pas se confier et se répandre. Et puis, je suis tellement paresseux… tu peux pas imaginer. C’est difficile de parler de soi. Et finalement, il y a tant de mecs qui expriment souvent ce que je ressens mieux que moi.

Allez-vous lire vous-même ?

Non, je l’ai fait la première année et je me suis rendu compte qu’il ne suffit pas d’apprécier un texte pour bien le lire. Cette fois là, j’étais accompagné de Laurent Gaudé, et ce fut une catastrophe. J’ai eu peur.

Quel est votre livre préféré ?

Le plus grand livre de tous les temps, ce seraient en fait quatre livres : Le Quatuor d’Alexandrie. Alors que je ne suis pas fan de l’écrivain… mais pour moi, il y a un avant et un après Lawrence Durrell.

Quid de la littérature belge ?

Ce que j’ai voulu éviter avec ce festival, c’est le côté fumeur de pipe qui lit de la poésie. En général, quand je vois arriver un écrivain belge, soit c’est une écrivaine, soit c’est un mec qui fume une pipe en me demandant des conseils… De toute façon, la bonne littérature ne s’embarrasse pas des frontières.

Propos recueillis par Julien Damien

Grandes lectures : Fin de mission de Phil Klay lu par Bouli Lanners (28.08) // Mes amis d’Emmanuel Bove lu par François Morel, Ceux qui restent paroles de Paul Felenbok et Wlodka Blit-Robertson recueillies et mises en scène par David Lescot interprété par Marie Desgranges et Antoine Mathieu, Lambeaux de Charles Juliet lu par André Marcon (29.08) // Le fusil de chasse de Yasushi Inoué lu par Noémie Lvovsky, Portnoy et son complexe de Philip Roth lu par Eric Elmosnino (30.08) Entretiens : Jérôme Ferrari (Le principe), Laird Hunt (Neverhome), Stéphane Lambert (Nicolas de Staël. Le Vertige et la foi), Tom Lanoye (Esclaves heureux), Howard Mc Cord (L’homme qui marchait sur la lune), Emmanuelle Pagano (Lignes et fils, trilogie des rives, tome 1) // Lecture-rencontre : La soeur de Pascal Herlem, Carte blanche à Pierre Jourde // Illustration : rencontre avec Daniel Goossens, rencontre avec Joann Sfar // Théâtre : rencontre avec Jean-Marie Piemme // Opéra : Orphée et Eurydice de Gluck signée par Roméo Castellucci // Débat : à propos des blogs littéraires // Découverte : la revue Décapage // Conférence scientifique : les problèmes de santé de Tintin par Eric Caumes // Musique : Greg Houben Trio // Cinéma

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