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Le manège enchanté

© Elisabeth Blanchet

Margate, Kent, embouchure de la Tamise. Son port, sa plage, son sable – le plus fin d’Angleterre – son récent musée d’art moderne et, au cœur de la ville, Dreamland. Ce parc d’attractions mythique connaît depuis 150 ans, tout comme son grand huit, des hauts et des bas. Vendredi 19 juin, le pays du rêve a rouvert ses portes sur des manèges d’époque relookés. Un bouquet au parfum de nostalgie qui nous renvoie au temps où les stations balnéaires anglaises battaient leur plein. Bienvenue dans le temple du rétro. Et de l’amusement.

« N’est-ce pas magnifique ? », s’exclame Nick Laister en montrant le grand huit et sa structure en bois refaite à neuf. Il y a dans les yeux et la voix du directeur du Dreamland Trust beaucoup d’émotion. Il a fallu attendre 12 ans et 18 millions de livres pour que ce parc, que le créateur de la campagne “Save Dreamland” nomme « le cœur de Margate », batte à nouveau. Sous ces montagnes russes, des troupes de comédiens habillés façon rockabilly et mods font monter la sauce à coup de chansons rétros. Puis vient le moment tant attendu du ruban rouge que coupent des descendants des familles qui ont dirigé les lieux ou travaillé ici. Dans le public, pour les grands et les petits, l’excitation est à son comble. Mais, ça y est, cette fois les ciseaux ont parlé : la voie est libre !

Le mur de la mort.

Dreamland éblouit d’abord par son authenticité. Le designer Wayne Hemingway, fameux créateur de la marque de vêtements Red or Dead et grand fan des côtes anglaises, a su réinventer l’endroit tout en préservant ses charmes et, surtout, les attractions d’époque. Comme le mur de la mort où de valeureux motards défient les lois de la physique en jouant avec les forces centrifuges et centripètes, mais aussi les bateaux de pirates, les stands où l’on peut gagner des coussins en forme de gigantesques beignets… Symbole de cette restauration, le grand carrousel a été remonté avec les chevaux de bois d’autrefois. « Ils datent de 1876 ou 1877 », indique Caroline, arrière-arrière petite fille de Lord George Sanger qui créa le parc d’attractions en 1870 sous le nom de “Pleasure Gardens”. Le brave homme décéda tragiquement suite à une agression en 1911 et c’est son successeur, John Henry Iles, inspiré par Coney Island à New York, qui a rebaptisé l’ensemble “Dreamland”. Il y installa le fameux grand huit – le Scenic Railway – premier du genre en Grande-Bretagne. Un succès national qui donna des frissons à plus de 500 000 visiteurs lors de son année d’ouverture en 1920… Suivront un cinéma, des attractions d’intérieur (on est en Angleterre !), une grande roue, une patinoire, une piste de patins à roulettes et bien sûr toutes sortes de machines à sous, de stands de pêche aux canards, de dégommage de tas de bouteilles, etc.

Chute douloureuse.

« Chaque année, on attendait l’ouverture de Dreamland avec impatience, se souvient Ian qui a grandi à Margate dans les années 1970-80. Quand le parc est devenu payant, on faisait des trous dans les barrières ou on montait des arnaques pour rentrer gratis… Dreamland rendait Margate unique, un endroit où les gens voulaient aller ». Du moins jusqu’à ce que les habitudes estivales changent dans les années 1980 et 90. Les vacances pas chères au soleil ont fait de l’ombre aux stations balnéaires britanniques. Et finalement, le parc ferma en 2005.

Tour de force.

Une grande partie des habitants n’a jamais accepté cette faillite. Sous l’impulsion de Nick elle s’est alors lancée dans la bataille. Celle-ci fut rude, à l’image du grand-huit, la campagne “Save Dreamland” a connu des hauts et des bas. Il a fallu du temps, mais une chose est sûre, c’est la détermination des habitants de Margate qui a permis la réouverture du parc. « C’est un lieu qui a un impact social immense, soutient Nick. Je l’ai vu dans la manière dont les gens se sont battus pour qu’il revive ». Et Caroline d’acquiescer : « En effet, je n’ai vu ça dans nulle autre station balnéaire anglaise ». Souvenirs, souvenirs. Assis à une table de la Food Court, Jennie et Jo dégustent leurs fish&chips. Et confirment : « on attendait la réouverture de Dreamland depuis des mois ! C’est ici qu’on s’est rencontrés en 1994 ! On faisait la queue au Looping Star. C’était un Blind Date ! Un coup monté par des copains. Et ça a marché. Sans doute la magie des manèges et des frissons car nous y revoilà 21 ans plus tard, et on adore toujours ! ». Outre les manèges, les acteurs contribuent aussi au merveilleux de l’endroit : des chariots de musique ambulants les accompagnent en jouant des chansons à la gloire des icônes pop et rock britanniques et américaines : stars du rockabilly, Motown, David Bowie, Visage, Blondie…

C’est le pompon !

Le retour de cet âge d’or pourrait aussi rapporter de l’argent. « Cette réouverture a créé 250 emplois, va attirer des centaines de milliers de visiteurs et générer des millions de livres sterling pour la région », affirme Nick. Cette résurrection arrive en tout cas au moment où les stations balnéaires anglaises connaissent un vrai regain d’intérêt. Le guide des voyages Lonely Planet vient même de placer la côte nord du Kent au sommet de ses destinations familiales européennes ! Une aubaine pour Margate. Comme le crie à tue-tête un petit garçon sur la piste de patins à roulettes : « notre rêve est devenu réalité ! ».

Elisabeth Blanchet

Marine Terrace, Margate, Kent CT9 1XJ, Royaume-Uni, +44 1843 295887

 

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