Home Reportage Le musée Dr. Guislain

Collection médicalement assistée

Courtyard of the museum with windows as devised by Joseph Guislain

A l’écart du centre-ville de Gand, loin de l’agitation urbaine, se dresse un curieux site architectural. Elevé en briques jaunes et rouges, entouré de jardins, l’endroit fut autrefois connu sous le nom de l’« Hospice Guislain », soit le tout premier asile psychiatrique de Belgique. Au sein de ce vestige du XIXe siècle cohabitent aujourd’hui, sur près de cinq hectares, un centre de soins, un institut de formation et… un musée. Celui-ci nous raconte l’étrange histoire du traitement de la maladie mentale. Et nous convie, entre art et science, à une visite pas tout à fait comme les autres.

« Aliénés ». « Idiots », « débiles », « possédés »… Que de mots a-t-on posés sur les troubles mentaux avant de s’arrêter sur celui, plus juste, de « malades ». Pour cela, il a fallu attendre le xixe siècle et le combat de médecins tels que Jozef Guislain. Le Gantois fut l’un des premiers – avec le Français Philippe Pinel – à considérer la démence comme une pathologie. A libérer les « fous » des prisons et proclamer qu’ils devaient être soignés dans la dignité et selon un procédé scientifique précis. Le destin lui fit croiser en 1828 le chemin de Pierre- Joseph Triest, fondateur des Frères de la Charité, qui sortit les malheureux qui croupissaient sous le centre-ville de Gand, enchaînés aux piliers de la crypte du château de Gérard le Diable. C’est sous l’impulsion de ces deux hommes que fut inauguré, en 1857, le premier asile de Belgique : l’Hospice Guislain.

Village

Dans cet environnement protégé, quelque 300 personnes « bénéficiaient » d’une thérapie alors balbutiante, inventée au jour le jour par ce pionnier de la psychiatrie moderne. Au-delà de la médecine (il faut bien le dire, expérimentale) c’est une vraie petite ville qui s’animait ici. Avec ses boulangers, forgerons, éplucheurs de pommes de terre… Car l’un des préceptes du Dr Guislain trouvait sa source dans la thérapie par le travail. Depuis, la science a progressé. L’hôpital existe toujours, accueille près de 200 patients. Il s’est doté au fil du temps de nouveaux bâtiments, d’un institut de formation. Et, depuis 1986, d’un musée. Loin du cabinet de curiosités (et totalement séparée des deux autres entités), cette insolite institution ne poursuit d’autre but que celui d’offrir « un lieu de connaissances qui esquisse une histoire du traitement des troubles mentaux », selon son conseiller artistique, Patrick Allegaert.

Trépanation

Déambulant dans des couloirs, bâtiments et jardins plus que centenaires, le visiteur est ainsi invité à suivre trois parcours. Le premier l’emmène au sein de l’exposition permanente où, dans ce qui fut le dortoir de l’hospice, sont présentés des objets, documents tableaux et statues issus de l’ancien asile ou collectés dans le monde entier. Du crâne daté du Néolithique qui témoigne de la toute première trépanation humaine en passant par des clichés de séances d’exorcisme, cette machine à découper les cerveaux en tranches ne laisse pas indifférent… La seconde exposition permanente dévoile une importante collection d’art brut, cristallisant la rencontre entre folie et création à travers les oeuvres de « malades ». Enfin, une large partie de la bâtisse est réservée aux expositions temporaires, toujours montées en lien avec la thématique de la santé mentale. Tel cet accrochage – (Photo)sensible – qui entrelace l’histoire de la psychiatrie à celle de la photographie pour livrer, comme ces étranges Têtes caricaturales, un regard inédit sur l’Homme. « Cette contrainte nous situe entre l’art et la science, dit Patrick Allegaert. Mais elle nous permet d’inventer de nouvelles expériences muséales ». Un numéro d’équilibriste fascinant, sur ce fil ténu qui sépare l’anormalité de la normalité.

Julien Damien

Musée Dr. Guislain, Gand, Jozef Guislainstraat 43, mar>ven, 9h>17h, sam, dim, 13h>17h, 8/6/3/1€/grat-12 ans, www.museumdrguislain.be

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