À l’opposé des blockbusters numériques, le studio Aardman cultive depuis plus de quatre décennies une technique de fabrication artisanale et poétique. Aucun logiciel ne calcule de la 3D au kilomètre ici. Chaque production réclame une infinie patience : il faut en moyenne une journée de travail pour enregistrer une seule seconde d’animation. Aujourd’hui références mondiales comparables aux studios Ghibli, les Anglais ont pourtant débuté très confidentiellement, en 1966, quand les deux amis d’enfance Peter Lord et David Sproxton, seulement âgés de 12 ans, réalisent leur premier film. Son nom ? Aardman, en référence à leur personnage principal, sorte de Superman grassouillet et gaffeur. à l’époque, le duo se contente de la 2D et des 15 livres que leur lâche la BBC pour acheter le court-métrage. Mais un style pétri d’humour et d’autodérision est né. Le studio est officiellement créé six ans plus tard et leur pâte à modeler casse le moule en 1976 avec Morph. Puis, la machine s’emballe lorsque les deux fondateurs recrutent le talentueux Nick Park en 1985, géniteur du duo Wallace et Gromit. Le trio enchaîne alors les chefs-d’oeuvre pour le 7e Art, s’offre de magistrales pauses musicales en réalisant les clips de Peter Gabriel (Sledgehammer, 1986) ou Nina Simone (My Baby Just Care for Me, 1987).

 

L’envers du décor.

Cette première exposition retrace cette singulière aventure, nous dévoilant avec soin les secrets de fabrication de ces petits génies de la débrouille. On découvre alors qu’entre l’idée de départ et le résultat final, le processus créatif tient du sacerdoce. Pour nous convaincre, une cinquantaine de décors et personnages de films ainsi que des dessins originaux, extraits de story-boards, carnets de croquis ou encore des photos de tournage jalonnent le parcours. Une manière simple mais efficace de côtoyer la magie du studio anglais : souci du détail, goût de l’expérimentation, et surtout la brillante idée d’allier dessin et sculpture pour donner vie à l’animation, tout en stop motion. « J’ai toujours commencé par le dessin, pour concrétiser mes idées », dit un jour le réalisateur multi-oscarisé Nick Park. Chez Aardman, le trait guide l’oeuvre, l’identité des personnages, avant que la sculpture en pâte à modeler leur donne vie. Pour l’éternité.

Nicolas Jucha

Aardman, l’art qui prend forme  jusqu’au 30.08, Paris, Musée d’Art Ludique, lun & jeu, 11>19h, mer & ven, 11h>22h, sam & dim, 10h>20h, 15,50>10€ (4>12 ans), www.artludique.com

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©Aardman Animation