Les ailes du désir

Jean-François Sivadier

Faire rimer opéra avec populaire sans rien trahir de la qualité de l’œuvre. C’est le pari que renouvellent Jean-François Sivadier et l’Opéra de Lille avec Madama Butterfly, dont l’une des représentations sera retransmise en direct, sur écran géant, dans onze villes de l’Eurorégion. De Dunkerque à Valenciennes, préparez-vous à redécouvrir le tragique destin de Cio-Cio San.

D’émotion, il sera beaucoup question ici. D’abord parce que Madama Butterfly constitue le premier opéra mis en scène par Jean-François Sivadier, en 2004, et en même temps la première production de l’Opéra de Lille après sa longue fermeture de cinq ans, en 1998. Mais c’est surtout l’oeuvre qui bouleverse. Rappelons l’argument : à Nagasaki, vers 1900, Pinkerton épouse Cio-Cio San (« papillon » en nippon), une Geisha de 15 ans. Pour cet officier américain, ce mariage n’est qu’un jeu. Au contraire de la Japonaise qui le prend avec tout le sérieux de l’amour, jusqu’à renier sa famille. Après lui avoir fait un enfant, son « mari » regagne les USA et refait sa vie. Cio-Cio San lui reste fidèle. Et l’attend. Mais lorsque Pinkerton revient, trois ans plus tard, c’est accompagné de sa nouvelle épouse américaine et pour récupérer son fils. Cio-Cio San le lui confie et se fait hara-kiri. « Ça commence comme une comédie et ça se termine en tragédie grecque », résume Jean-François Sivadier. Cette histoire d’amour et de trahison en trois actes a été maintes fois adaptée mais reste terriblement efficace. Car servie par la composition du génial Giacomo Puccini (1904). « Il est unique dans sa façon de traduire la tension dramatique en musique. On peut trouver ça mièvre par endroit, mais il y a des moments qui ne peuvent absolument pas laisser le spectateur insensible ».

Sans exotisme.

Jean-François Sivadier sait de quoi il parle, lui qui a déjà monté deux fois cet opéra (à Lille donc, puis à Dijon en 2010). Dès lors, comment porter un regard neuf sur l’oeuvre ? S’il faut s’attendre à des changements – dans la distribution ou la direction de l’o.n.l., où l’Italien Antonino Fogliani succède à Jean-Claude Casadesus avec « une vision très différente » – « la mise en scène, les costumes et les décors sont pratiquement les mêmes ». En cela, l’exotisme du Japon est une nouvelle fois absent car « ce n’est pas du tout une musique japonaise, mais italienne. On joue donc avec les signes du Japon comme Puccini le fait avec sa partition, mais sans reconstituer le pays ».

Comme pour Carmen en 2011 et Le Barbier de Séville en 2013, une des représentations de Madama Butterfly est retransmise sur écran géant dans plusieurs villes de la région. Un moment « bouleversant » pour Jean-François Sivadier, qui considère l’opéra comme « un art plus populaire que le théâtre ». Et de confirmer : « Il y a ici une sorte de transcendance immédiate qui peut toucher tout le monde, sans rapport au sens ». Un événement qui sied à merveille à la conception qu’il a de son travail : « Je m’adresse à la fois aux spécialistes et à ceux qui n’y connaissent rien. Il m’importe que chacun assiste à un opéra pour en sortir transformé ».

 

Distribution:

Opéra en trois actes de Giacomo Puccini (1858-1924). Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Créé à La Scala de Milan le 17 février 1904.

Direction musicale Antonino Fogliani
Mise en scène Jean-François Sivadier
Orchestre national de Lille
Chœur de l’Opéra de Lille
Chef de chœur Yves Parmentier

Assistante à la mise en scène, collaboration artistique Véronique Timsit
Décors et costumes Viriginie Gervaise
Lumières Philippe Berthomé
Maquillages Cécile Kretschmar

Avec

Cio-Cio San Serena Farnocchia / Tatiana Monogarova (les 20 et 31 mai)
Suzuki Victoria Yarovaya
F.B. Pinkerton Merunas Vitulskis
Sharpless Armando Noguera
Goro François Piolino
Le PrinceYamadori, le Commissaire impérial Tim Kuypers
Le Bonze Ramaz Chikviladze
Kate Pinkerton Virginie Fouque
Yakuside Jérôme Savelon
L’Officier d’État civil Thomas Flahauw

 

Julien Damien
Informations
Lille, Opéra

Site internet : http://www.opera-lille.fr

18.05.2015>07.06.201518h & 20h, 69>5€

18.05>07.06, Lille, Opéra, 18, 20, 26, 28.05, 20h / 23.05, 18h / 31.05, 07.06, 16h / 02, 04.06, 20h, 69/49/30/13/5€, www.opera-lille.fr

Retransmission en direct sur écran géant, 02.06, 20h, Lille, gratuit, Opéra / Armentières, Le Vivat / Lomme, maison Folie Beaulieu / Dunkerque, le Bateau Feu / Hazebrouck, Centre André Malraux / Valenciennes, Le Phénix / Saint-Omer, salle Vauban / Charleroi, Palais des beaux-arts… et aussi sur France Inter et sur CultureBox de France Télévisions / France 3

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