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Monument aux morts

Les Registres du Grand-Hornu, 1997 © Ph. De Gobert

18 ans après Les Registres du Grand-Hornu, Christian Boltanski réinvestit le MAC’s pour livrer une nouvelle métaphore plastique de ses obsessions : la mémoire, la disparition… Une partition qu’il réinterprète inlassablement à travers une oeuvre monumentale, protéiforme et humaniste. Visite guidée en compagnie de l’un des plus grands artistes de notre temps.

La salle des pendus est moins une exposition qu’un voyage intérieur vers des rivages qu’on aimerait ne jamais atteindre. Le temps qui passe et détruit tout, l’oubli, la mort… Ces thèmes hantent Christian Boltanski depuis bientôt 60 ans. Articulées entre elles sur 5 000 mètres carrés, les 15 pièces présentées au MAC’s n’ont pourtant rien d’une rétrospective. Elles forment une seule oeuvre, indivisible, radicale et conçue spécialement pour le Grand-Hornu. « C’est un objet unique qui, fin août, ne sera plus jamais visible », prévient-il. Si le parcours offre – comme toujours chez Boltanski – une multiplicité de lectures, l’artiste a d’abord voulu y exprimer « la destruction de la vie, de l’humain ».

Les Registres du Grand-Hornu, 1997 © Ph. De Gobert

Les Registres du Grand-Hornu, 1997 © Ph. De Gobert

 

L’effacement progressif

Ce chemin débute devant Les Registres du Grand-Hornu, oeuvre emblématique de cette « mythologie de l’individu » que le Français a réalisée pour le MAC’s en 1997. Dans une pénombre presque religieuse, 3 500 boîtes de fer blanc et rouillées couvrent l’immense mur de l’ancien magasin au foin. Sur chacune d’elles, un nom de mineur, parfois assorti d’une photo, comme un mémorial – « nommer quelqu’un, c’est lui donner la dignité d’être humain ». Au pied de ces Registres, des manteaux posés sur des tréteaux de bois et doués d’une parole synthétique questionnent le visiteur : « Dis-moi, comment es-tu mort ? »… Et l’on comprend que tout cela va disparaître. Que la présence de l’Homme va s’estomper à mesure que l’on progresse dans cette oeuvre orchestrée avec des vêtements, bouts de tissus, lumières et sons. « L’humain peut beaucoup, mais ne peut rien contre le temps qui avance continuellement », annonce notre hôte.

Paradoxalement, c’est au rythme d’un coeur qui bat que se poursuit le voyage. Un fond sonore qui naît du centre du parcours, pour l’inonder. « Ce sont à la fois des battements cardiaques et, en même temps, le bruit d’une usine ». Voici une autre interprétation de l’oeuvre, plus sociétale : « le mineur, et l’Homme, détruits par la machine et le travail ».

©Ph. De Gobert

©Ph. De Gobert

Fantômes

Boltanski joue sa partition avec des procédés déjà employés ailleurs*, mais qu’il réarrange pour épouser l’identité du site, un ancien charbonnage. Ainsi cet espace impressionnant qu’il nous faut maintenant traverser fait référence au vestiaire des mineurs, qui surélevaient leurs vêtements pour les mettre à l’abri des rats et du vol. Ici, des dizaines de manteaux – d’hommes, de femmes et d’enfants – sont suspendus et animés par un système mécanique, nous frôlant de leur présence fantomatique et glaçante. Ils nous poussent vers notre destin (la mort) révélé au centre d’une ultime salle par un immense tas de vêtements noirs, bouleversant charnier de tissu vidé d’humanité. Celui-ci évoque aussi le terril, qui figure, au bout du compte, tout ce qu’il reste du mineur, dont le nom a disparu… Le temps, ou la machine, ont fait leur oeuvre. Et tout effacé.

 

Né en 1944 d’une mère chrétienne et d’un père juif, Christian Boltanski reste profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale. Face à ce grand mont sombre et universel, il confie : « je ne vous cacherai pas qu’une interprétation possible est la Shoah ». Dans La salle des pendus, chacun puise en lui pour trouver sa vérité. C’est le propre de l’art.

©Ph. De Gobert

©Ph. De Gobert

*au Grand Palais (Paris) avec Personnes ou sur l’île de Teshima, au large du Japon, à travers Les Archives du Coeur

 

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Julien Damien
Informations
Hornu, Mac's

Site internet : http://www.mac-s.be

Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18 h, à l’exception des périodes de montage et démontage d'exposition.

15.03.2015>16.08.2015mar>dim, 10h>18h,, 8/5/2/1,25€/ grat - 6ans,
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