La pensée en mouvement

K.White à Ouessant © Marie-Claude White

Passionnant mais totalement déroutant, cet essai revisite les XIXe et XXe siècles à leur périphérie. Naviguant entre les époques et les écoles, Au large de L’Histoire est une gigantesque errance. Géographique, historique, philosophique… poétique, aussi.

Drôle d’ouvrage. Est-ce de l’histoire, de la philosophie, de la poésie ? Un peu de tout cela. Kenneth White développe ici son concept de géopoétique. Les définitions sont nombreuses, on retiendra celle-ci : « la création d’une synthèse entre le monde extérieur et soi, soi et le monde extérieur recréés dans un troisième objet qui est une synthèse ». Le philosophe, ancien disciple de Gilles Deleuze, se penche ici sur les questions de la modernité (et sa fin supposée), de l’errance, du nomadisme, mais aussi des lieux, de l’habitat. Se côtoient Stefan Zweig et les penseurs sanskrits, Walt Whitman et Heidegger, Rimbaud et Hölderlin, Marx et Rilke. Plus qu’un étalage stérile, l’érudit éclaire les travaux picturaux de Malevitch à la lumière de Nietzsche et du biologiste D’Arcy Thompson. C’est une affaire de ponts jetés entre divers savoirs et disciplines. Cependant, en s’appuyant sur le rapport à la nature et sur des penseurs, artistes ou philosophes appartenant à l’avant-garde, White n’évoque jamais les rapports sociaux qui traversent, agitent et font avancer le monde. On peut le regretter. Nous étions cependant prévenus : l’Ecossais se situe « au large » de l’Histoire.

Thibaut Allemand

Kenneth White, Au Large de l’Histoire, éd. Le Mot & Le Reste, 347p. 25€