Home Cinéma A la folie

Entre les murs

De Wang Bing

Depuis le début des années 2000, Wang Bing arpente les confins de la Chine, sa petite caméra numérique à la main. Cela avait donné A l’ouest des rails (2004), fresque sur une ville en décomposition, premier chef-d’œuvre. Dans A la folie, il suit des internés dans un asile du Yunnan. Et offre son film le plus doux.

La coursive d’un immeuble de béton défraîchi. Des chambres communes. Une pièce où trône une vieille télévision. Tel est le territoire qu’internés et cinéaste parcourent. Fidèle à son habitude, Wang Bing se laisse guider. Il accompagne les êtres dans leurs déplacements erratiques ou déterminés. La distance est toujours juste, même dans l’intimité la plus grande. Les raisons de l’internement ne sont qu’à peine dévoilées. Criminels, « fauteurs de trouble » et adolescents fragiles se retrouvent sans distinction derrière les barreaux – cela prouvant encore l’incurie de l’état chinois. Mais, pour Wang Bing, tous se découvrent dans le présent de leurs gestes, leurs paroles, leurs manières de se rendre visible ou invisible. Dans les chambres partagées par quatre ou cinq hommes, où l’on urine debout sur son lit dans une bassine, la couette est le dernier moyen de s’abriter. Mais A la folie ne cherche pas à révéler quoi que soit. Il enregistre plutôt ce besoin de proximité. Et cette nécessité de se construire un refuge. Pour soi et pour les autres. Dans l’oubli de presque tous, des hommes trouvent dans la douceur un moyen de survivre. Et l’image, qui ne vole rien, se glisse entre les gestes comme une caresse.

Texte Raphaël Nieuwjaer / Photo Les Acacias

Sortie le 11.03.


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