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Le Retour de l’Étoile Noire

Il y a les rééditions patrimoniales, et puis il y a celles qui font vibrer la corde sensible, qui réveillent des émotions enfouies. #3 est de celles-ci. Diabologum ressuscite cet album culte dans le paysage du rock français – son dernier – sorti en 1996.
à cette occasion, qui est aussi pour de nombreux chanceux celle de se prendre pour la première fois ce bloc cinglant en pleine figure, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Michel Cloup, qui fut avec Arnaud Michniak l’une des figures de proue de ce groupe originaire de Toulouse. Il est accompagné du bassiste Richard Roman.


Souhaitiez-vous cette réédition autant que ceux qui la réclamaient à cor et à cri ?
Michel : Depuis plusieurs années, j’essayais de motiver le groupe et notre ancien label, Lithium. Tout était compliqué. Ça me rendait dingue que ce disque ne soit plus disponible depuis dix ans, alors que certaines copies se vendaient jusque 600 euros en vinyle et 100 euros en CD. Finalement, mon nouveau label (Ici d’Ailleurs) a défendu cette idée et trouvé un accord avec Vincent Chauvier de Lithium.
Richard : Nous la souhaitions d’autant plus qu’elle était l’occasion de présenter quelques raretés et inédits (11 titres enregistrés entre 1996 et 1997). L’idée courait depuis 2008.

Votre regard et votre discours ont-ils changé ?
M : Chacun a suivi un parcours différent, artistiquement et dans sa propre vie. J’ai eu deux enfants, ça m’a pas mal bousculé. Mais le monde et la société n’ont pas beaucoup évolué, tout a juste empiré. En réécoutant l’album, j’ai été frappé par l’actualité des textes.
R : Nos regards n’ont pas tant divergé. Le mien s’est même durci : les vautours me font encore plus vomir, les pigeons encore plus frémir et les hirondelles encore plus rêver !

Avez-vous été sollicités par l’industrie « mainstream » suite à la réputation acquise par l’album ? Entendre Zazie s’extasier sur vos textes lors de votre passage live à Nulle Part Ailleurs vous avait-il amusé ?
M : à l’invitation de Noir Désir, nous avons fait quelques grosses scènes. Nous étions parfois très bien accueillis, parfois rejetés. Entre Dolly et FFF, Diabologum c’était un peu bizarre… Mais on aimait bien ça, c’était tellement martien. Zazie nous a fait la bise avant cette émission, je pense que c’est le contact le plus proche que nous ayons eu avec le mainstream français de l’époque.
R : Avant de rencontrer Zazie dans le mainstream, je ne connaissais que Zazie dans le Métro, j’ai préféré la première ! Nous étions des ovnis, musicalement et socialement, au sein d’une scène française déjà très policée.

Deviniez-vous que ce disque serait le dernier et qu’il marquerait autant les esprits ?
M : Son retentissement dès la sortie nous a surpris. Nous pensions qu’il serait rejeté à cause de sa noirceur. Je n’imaginais pas qu’il deviendrait une référence du rock français. Quelques mois avant notre séparation, nous parlions encore d’un nouvel album, toujours à écrire, composer et enregistrer – en témoigne le disque de bonus de la réédition. Mais il y avait des tensions amplifiées par la fatigue. Ça n’a pas été facile de construire autre chose ensuite avec d’autres artistes, puisqu’on nous ramenait toujours à Diabologum. Mais, 18 ans plus tard, c’est un plaisir d’en parler avec autant de passion.

Cover #3 © Diabologum

Cover #3 © Diabologum

Le style revêche de #3 a «fait école», pour le meilleur (Dominique A) et pour le pire (Fauve ?)… Quel regard portez-vous sur une certaine descendance ?
M : Pas mal d’artistes ont été influencés par Diabologum, certains ont l’honnêteté de le dire. Quand l’influence est bien digérée, au service d’une forte personnalité, ça me fait plaisir.
R : Ce qui m’a marqué chez Fauve, c’est la ferveur de son jeune public et le magnétisme existant entre eux. Malheureusement, c’est très pauvre scéniquement, mis à part le spoken guy, et musicalement très éloigné de Diabologum.

La formation de Michel Cloup Duo a-t-elle représenté un nouveau départ ?
M : C’était surtout l’idée de s’assumer sous son propre nom, d’en finir avec cette idée de groupe tel que je l’avais vécu entre 1990 et 2010. Un peu comme se mettre à poil et se balader dans la rue (en moins pénible, quand même). D’ailleurs, je prépare un nouvel album.

Peut-on s’attendre à une tournée ?
M : Nous n’allons pas refaire de concerts de Diabologum, mais une performance, pour 6 personnes par soir : « Dîner de cons ». Une soirée intime avec nous, un repas que nous aurons cuisiné, avec des boissons et de la musique que nous aurons choisies. Une alternative à ces reformations ennuyeuses jouant sur le porte-monnaie et la nostalgie des quadras – et, je précise, les cons c’est nous !

Propos recueillis par Rémi Boiteux Photos Eric Mulet / Béatrice Utrilla

à écouter /
Diabologum, Réédition # 3,
Ici d’ailleurs
2 CD ou 2 LP vinyle, augmentés de 11 titres rares et inédits enregistrés entre 1996-1997),
14€ (version CD),
18€ (version vinyle)

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