Home Reportage Le dilemme de l’indépendance

To leave or not to leave, that is the (Scottish) question

© Elisabeth Blanchet

En février dernier, David Bowie recevait le Brit Award du meilleur musicien britannique. En son absence, c’est Kate Moss qui se chargea de récupérer le trophée. Et de lire la déclaration du créateur de Ziggy Stardust : « Scotland stay with us ! »écosse, reste avec nous ! »). Une parole inattendue qui alertait le monde entier sur l’avenir de ce pays de près de 5,3 millions d’âmes. Le 18 septembre, ses habitants voteront en effet pour ou contre son indépendance. Ce scrutin d’autodétermination mettra-t-il fin à trois siècles de rattachement à l’Angleterre? Les sondages prédisent que non, mais l’écart se resserre. Rencontre avec des artistes fervents défenseurs du “Yes”.

« David Bowie est l’archétype de l’Anglais. Il représente l’Empire et tout ce que nous voulons changer », explique Peter Gillies, 33 ans, artiste de Glasgow. Une opinion très répandue dans le milieu culturel et artistique local. « Même Stuart Murdoch, le chanteur de Belle & Sebastian, vient de virer sa cuti pour le “Yes” », poursuit Peter. Alors qu’en février, les statistiques donnaient encore le “No” gagnant à 70%, il semble que l’imminence du référendum rapproche les deux camps. « A mon avis, tout se décidera au dernier moment », assure Matt Bruce, représentant du Labour Party sur l’Ile de Lewis. Pourtant l’idée d’une séparation écosse / Royaume-Uni est dans l’air depuis des décennies, voire des siècles !

Depuis 1997 et l’arrivée des travaillistes à la tête du Royaume-Uni, l’Écosse a gagné en autonomie et inauguré son propre Parlement à Édimbourg en 1999. « Traditionnellement travailliste, le pays est devenue majoritairement SNP (Scottish National Party) en 2011 et c’est un peu dans la logique des choses qu’Alex Salmond, chef du SNP (centre gauche), a demandé à Westminster (ndlr : le parlement britannique) l’établissement d’un référendum sur l’indépendance », explique Matt.

Le nerf de la guerre

Mais pourquoi se détourner de la couronne britannique ? « On en a marre que Londres prenne toutes les décisions pour nous, je pense que c’est légitime que nous ayons notre propre gouvernement. Pourquoi est-ce que Westminster continuerait à décider de la redistribution des richesses ? » s’insurge Peter. Un avis que partage son confrère photographe Alan Mc- Credie : « L’écosse a le potentiel pour être très riche, notamment grâce au pétrole. Mais au lieu de réinvestir l’argent dans une fondation au profit de notre société comme le font les Norvégiens, Londres l’a investi dans des guerres illégales et des armes nucléaires… ».

Ainsi, c’est moins sur un terrain idéologique que sur le champ de bataille économique que se livre le principal combat. Et c’est bien la pauvreté et l’écart entre les riches et les pauvres qui révoltent ces artistes.

Mais une Écosse indépendante serait-elle vraiment plus prospère ? Quid des retraites, des services publics, des logements sociaux ? C’est aux indépendantistes, avocats de la rupture, qu’incombe le fardeau de la preuve. « L’écosse indépendante serait le 14e pays le plus riche au monde ! Ne vous laissez pas abuser par ceux qui prétendent que nous n’avons pas les moyens de nous offrir notre liberté ! » a récemment déclaré Angela Constance, ministre écossaise chargée de la Formation et de la Jeunesse. Et Peter de surenchérir : « Je suis conscient que cela prendra du temps et n’aura pas d’effet immédiat d’un point de vue pécuniaire, mais ça vaut la peine pour les générations à venir ».

Ready or not ?

Si la campagne du “Yes” est omniprésente – à l’image du National Collective qui tourne dans toute l’écosse à l’occasion du Yes Festival, celle du “No” en revanche semble inexistante. Les bureaux de Better Together sont difficiles à trouver et l’accueil est à la limite de la politesse britannique… D’ailleurs, son porte-parole fait clairement comprendre qu’il est impossible de rencontrer un acteur culturel écossais pour le “No” et qu’il se fiche de répondre à la presse internationale. En regrettant tout de même que la campagne de Better Together soit si peu visible, voire catastrophique… « Il est pourtant capital de mettre en avant nos idées, pour mieux souligner que les représentants du “Yes” n’ont pas vraiment de programme… ». Peter Gillies lui retourne gentiment le compliment, les supporters de Better Together, manqueraient d’arguments forts, se contentant de reprocher à leurs adversaires de vouloir créer un paradis socialiste. « Ils redoutent surtout le changement » ponctue notre hôte. Alors, changer pour le meilleur ou pour le pire, ou rester dans l’Empire ? Telle est la question qui est posée aux écossais ou résidents écossais. Réponse le 19 septembre.

 

Texte & photo ¬ Elisabeth Blanchet

 

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La question

Disposant déjà d’une relative autonomie (un gouvernement, un Parlement, des équipes sportives nationales distinctes…), l’écosse peut désormais aspirer à une totale indépendance. En cas de victoire du “oui”, un nouvel état serait créé, qui déciderait de sa langue, de sa monnaie, de son hymne, de l’exploitation de ses ressources naturelles, ou encore de son appartenance à l’Union européenne.

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Au suivant ?

Les écossais ne sont pas les seuls à réclamer leur autodétermination cette année. Un référendum aura lieu le 19 novembre sur l’indépendance de la Catalogne. Et le parti belge indépendantiste NVA (Nouvelle Alliance Flamande), qui a obtenu des scores exceptionnellement élevés aux municipales et aux européennes de 2014, réclame lui aussi l’indépendance de la Flandre. Selon plusieurs observateurs de la vie politique en Europe, ces processus témoignent d’une déception par rapport à l’Union européenne.

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