Tous à poils !

© Atelier du Barbier

Depuis que la barbe s’est découvert une nouvelle jeunesse sur les mentons encore frais des citadins branchés, les « barbers » à l’ancienne investissent les rues des métropoles, offrant à ces nouveaux adeptes du poil bien plus qu’un simple passage à la tondeuse. L’occasion pour la rédaction de frapper à la porte de deux salons : à notre droite, une institution bruxelloise, qui perpétue avec amour la tradition familiale, à notre gauche, une jeune enseigne lilloise appartenant déjà à l’élite des barbiers français. Rencontre avec ces experts pas rasoirs.

• L’Atelier du Barbier à Lille •

Ouvert en décembre 2012, l’Atelier du Barbier pourrait faire office de nouveau venu sur le marché florissant des coiffeurs-barbiers. Derrière les authentiques fauteuils années 70 de ce salon du Vieux-Lille, on trouve pourtant deux associés expérimentés et au couteau bien affûté : Mélanie Descamps et Valéry Rémy ont travaillé pendant 20 ans comme maîtres barbiers dans différentes enseignes lilloises avant de monter leur affaire. En vrai amoureux de la barbe, Valéry (qui arbore un menton joliment fourni) manie shavette, coupe-chou ou tondeuse à l’envi, et suivant la demande du client. « Tous les outils sont bons, il suffit de s’en servir à bon escient ». C’est peut-être cette maîtrise (l’homme utilise des rasoirs depuis l’âge de 14 ans) qui a conduit le salon à intégrer le classement des dix meilleurs barbiers de France, réalisé par le magazine GQ en 2013. « Une belle surprise » commente le co-gérant, entre deux rasages. Il faut dire que depuis l’ouverture, l’espace intimiste, esprit rétro « mais surtout pas poussiéreux », ne désemplit pas. Les habitués ont suivi le duo. Les hipsters viennent, de plus en plus jeunes, pour le service barbier et restent pour se faire coiffer, ou simplement pour papoter, ambiance The Barber (2001) des frères Coen. Pas avare de conseils, Valéry recommande à ceux qui débutent avec une petite barbe « maison » de s’armer d’un peigne en corne, de ciseaux fins et de beaucoup de patience. Mais de pousser les portes d’un pro passés 9 cm de long. « Même moi, je ne me taille pas la barbe tout seul », sourit le patron.

• Salon Rodolphe à Bruxelles •

« Je suis coiffeur pour hommes et barbier, fils de coiffeur pour hommes et barbier », annonce fièrement Rodolphe Leprovost, à la tête d’un salon réputé en plein cœur d’Ixelles. Au sein de cet espace lumineux dans les tons taupe et crème, le décor est planté : ici, poils et cheveux sont une affaire de famille, qu’on se ferait un tort de négliger. Formé à Cannes puis passé par Paris, ce quadragénaire énergique a posé ses rasoirs et blaireaux dans la capitale belge il y a 16 ans. Soit bien avant que le menton velu ne revienne en grâce chez une jeune génération adepte des chemises à carreaux et bonnets colorés. « J’ai toujours eu de la clientèle, c’est plutôt la demande qui a changé : je fais de moins en moins de rasage classique et plus de taille de barbe », confirme Rodolphe, qui aime conseiller ses gentlemen de clients. « Je suis là pour les guider au niveau du style, corriger certains détails du visage. C’est ma vocation, et ce qui me distingue de mes concurrents. » Serviette chaude, huile essentielle d’eucalyptus, savonnage au blaireau, rasage à la shavette (« pour la précision ») puis massage pour adoucir la peau, l’entretien des barbiches et autres favoris se pratique dans les règles de l’art. Et sur des fauteuils de barbier Belmont, « un clin d’œil vintage », note le patron. Du côté du coin boutique, les inconditionnels trouveront d’ailleurs tout l’attirail pour reproduire le rituel à la maison. Avec un set siglé « Rodolphe barber », pour un rasage (forcément) au poil.

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Bienvenue au Coupe-Chou Club

« Premier rasage au CC hier, avec mon Dovo* SR. Résultat : quasiment BBS ! » Si vous n’avez rien compris à cette phrase, c’est que vous n’avez pas encore osé traîner votre souris du côté du Coupe-Chou Club, un forum d’initiés complètement accros au rasage à l’ancienne. Rassemblant des centaines de membres actifs, le « club de ceux qui se rasent comme les cowboys » regorge de conseils, tutos, et références culturelles pour les débutants qui hésitent à se lancer, et pour les confirmés qui veulent échanger leurs anecdotes ou faire leur marché. Attention avant de vous y risquer : la passion du coupe-chou a l’air très contagieuse.

* Dovo (marque allemande) / Shave Ready (prêt à raser) / Baby Butt Skin

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Petit précis de vocabulaire capillaire : 

Le coupe-chou : Aussi appelé « couteau », le rasoir droit à l’ancienne dispose d’une lame qui se rentre dans la chasse (ou le manche). C’est l’instrument vintage par excellence, qui nécessite de l’entretien : un affilage à l’aide d’un « cuir sur tendeur » avant chaque rasage, et un aiguisage sur une pierre une à deux fois par an.

La shavette : Soit un coupe-chou à lame amovible. Plus pratique car elle ne nécessite pas d’affilage, la shavette est souvent jugée plus hygiénique (on en change à chaque client) par les barbiers.

La pogonotomie : Vous l’ignoriez peut-être, mais l’art de se tailler la barbe à un nom. Le terme a été inventé par le maitre coutelier parisien Jean-Jacques Perret, auteur du traité La pogonotomie ou l’art de se raser soi-même, en 1769.

BBS : L’une des abréviations les plus populaires sur les forums est le BBS, pour «baby butt skin» (voire «baby butt smooth»), qui s’utilise pour parler d’un rasage parfait, laissant la peau «douce comme un cul de bébé».

 

Marine Durand

A essayer :

– L’Atelier du barbier, 34 rue de la Barre, Lille,  www.facebook.com/LatelierDuBarbier

–  Salon Rodolphe, 137 avenue Louise, Bruxelles,  www.salon-rodolphe.be

A lire :

The Book of Beards, de Justin James Muir (éd. Justin Jales Muir) 125p., 18,50€

 

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