Au premier plan

À seulement 23 ans, l’Américaine Brooke DiDonato s’impose comme une photographe à suivre de très près. Originaire de l’Ohio, désormais installée à New-York, cette artiste dévoile un travail aux multiples facettes, où l’inconscient et les rêves ne sont jamais bien loin. Elle avait pourtant débuté dans la branche la plus “réaliste” de la photographie, comme elle nous l’explique ici.

Comment êtes-vous devenue photographe ?

D’abord, grâce à des cours d’arts plastiques à la fin du lycée, puis en étudiant le photojournalisme à l’Université du Kent. En seconde année, j’ai suivi les cours de David Labelle. Il nous poussait à immortaliser les moments les plus durs de notre vie. « Si vous ne racontez pas ces histoires, qui le fera ? » nous disait-il. Cette obligation morale a marqué mon travail. Depuis, je m’efforce d’appréhender la douleur, la tristesse, tous ces moments sombres pour les rendre visuellement attrayants.

Comment préparez-vous vos prises de vue ?

Tout dépend du sujet. En général, je commence avec des dessins préparatoires, puis je multiplie les essais avant d’obtenir l’image désirée. Mais je peux aussi travailler à l’instinct, comme ce fut le cas avec la série Next Door. Je traînais dans le jardin de mon père, dans l’Ohio, lorsque j’ai remarqué l’ombre portée des branches sur la maison. J’ai alors imaginé des scénarii en dix minutes avant de me mettre au travail.

Est-il difficile de poser pour vous ?

La plupart des modèles sont des amis. Heureusement, car on s’y prend parfois à 50 reprises avant d’obtenir un résultat satisfaisant… Beaucoup de mes photos supposent que le spectateur débarque au milieu d’une histoire dont il ne connaît ni le début ni la fin. J’essaie de garder cette idée à l’esprit en composant mes images. Quelle place occupe Photoshop dans votre travail ? Ces derniers mois, j’ai tenu à créer des effets surréalistes de manière artisanale, sans passer par Photoshop. C’est plus difficile mais c’est un chouette défi, et du coup je passe plus de temps avec mon appareil que devant mon ordinateur. Cela dit, j’utilise encore ce type de logiciel en cas d’absolue nécessité.

Quelles sont vos influences ou vos modèles ?

Mes études de photojournalisme et de sociologie ont sensiblement plus influencé mon travail que des artistes en particulier. J’aime l’idée d’un dialogue à travers la photo : créer de l’empathie entre le spectateur et le sujet. Sans cette relation avec le public, mes clichés me paraissent insignifiants. Je privilégie l’émotion pour raconter des histoires.

Vos œuvres alternent plein air et intérieur. Avez-vous une préférence ?

J’ai longtemps pensé que les espaces ouverts, comme les champs, étaient la clé de mon succès. Mais j’ai dû rapidement changer mon fusil d’épaule en m’installant à New-York. Vivre en ville m’a ouvert de nouvelles perspectives et, si la nature et la forêt m’inspirent toujours, j’apprécie aussi le béton et les gratte-ciels.

Votre point de vue ou votre sensibilité sont-ils spécifiquement américains ?

J’essaie d’adopter un point de vue universel en dépassant les barrières culturelles et linguistiques. Si chaque image revêt un sens particulier pour moi, j’espère que chacun l’interprétera à sa manière.

Propos recueillis par Christophe Delorme

A visiter : www.brookedidonato.com

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