© Jeffrey Delannoy

Crime est-il la suite de Une Ordure ?
Eh bien, certains personnages étaient présents dans Une Ordure, mais ils n’étaient pas centraux. Donc c’est une sorte de suite. Mais pas complètement.

C’est-à-dire ? À l’origine, je souhaitais écrire un roman sur les abus sexuels. J’ai débuté mes recherches en me rendant dans des groupes de paroles de victimes. Je pensais me trouver face à des gens traumatisés, hantés, mais j’ai rencontré des interview gens très humains, parfois détachés de ce qu’il leur était arrivé. Alors j’ai fouillé dans ma galerie de personnages et je suis tombé sur ce flic, Ray Lennox. Il me semblait intéressant à double titre. Il apparaissait dans Une Ordure mais n’était pas essentiel, et il avait ce petit côté secret. Le personnage idéal pour cette enquête.

Le personnage de Lennox est donc le point de départ.
Oui, il a ce côté un peu barré, capable  de passer des vacances avec sa copine mais de tout foirer, de prendre la vie avec tout ce qu’elle a de bizarre. C’était un point de départ intéressant. Au début, il apparaît vraiment comme un type brisé et parano. Peu à peu, il reprend confiance en lui et devient quasi-héroïque. Ça peut sembler très sombre mais c’est aussi une histoire d’éveil. C’était donc agréable à écrire, tandis qu’Une Ordure était un livre atroce, même s’il y avait une forme d’humour.

Comment créez-vous vos personnages ?
C’est toujours un peu la même recette. Je leur invente un parcours, des centres d’intérêts, une relation au monde, même pour les personnages les plus secondaires. Je leur associe également des playlists. Je sais quelle musique  chacun apprécie. Et peu à peu, le personnage prend vie et s’impose dans des situations de façon indépendante. C’est ainsi que j’ai procédé pour Lennox. Il avait sa vie dans Une Ordure, et il est maintenant au coeur d’une histoire à Miami.

Vous vivez aux Etats-Unis maintenant, le roman se déroule à Miami, ce changement géographique a-t-il changé votre écriture ?
(Hésitation) Oui, dans une certaine mesure. Certains personnages sont américains, donc l’écriture est différente. Cela dit, j’ai tenté de faire abstraction de tout ce que j’avais pu voir sur Miami : NCIS Miami, Deux Flics À Miami… J’ai voulu saisir cette ville, via ma propre perception. Et surtout, Lennox est très Écossais.

Donc Crime n’est pas votre roman américain ?
Non, je ne crois pas. Bizarrement, c’est un roman globalisé, qui intègre différents horizons, endroits et cultures. Cette culture globale est partout : je me suis baladé dans les rues de Paris et j’ai  vu plusieurs personnes avec des maillots de Manchester United. Ce roman reste aussi très écossais. Parce que c’est avant tout l’histoire d’un Écossais dont la psychologie est caractéristique du pays.

Le Royaume-Uni vous manque-t-il ?
Oui, énormément. Cela fait deux semaines que je suis rentré, et ça me fait plaisir de voir ma famille et mes amis bien sûr, mais aussi et surtout de retrouver des endroits qui m’ont construit. Quels sont les écrivains contemporains britanniques qui vous intéressent ? John King évidemment. Et Alan Warner, aussi. Nous avons émergé à peu près au même moment et sommes devenus amis. Nous partageons une même sensibilité et abordons nos sujets de la même façon. Mais je peux également citer des gens arrivés après moi comme Alan Bisset, Louise Welsh, d’autres écossais. Ah, et je n’oublie pas l’irlandais Kevin Barry : City Bohane est l’un des meilleurs livres que j’ai lus ces dernières années.

Parlons peu, parlons foot : Ray Lennox supporte l’équipe des Hearts d’Edimbourg et…
(il coupe) Et pas moi ! Je supporte les Hibs. Mais les deux clubs sont au plus mal en ce moment, Heart of Midlothian  est déjà relégué, et l’Hibernian Edimbourg pourrait l’être aussi, ce qui serait dingue. Si on y regarde de plus près, on n’a jamais réussi à avoir des clubs de premier plan, même avec des magouilles financières. C’est la triste vérité : nous autres Ecossais n’arrivons même pas à faire de la bonne corruption financière ! (Rires).

Propos recueillis par Sylvain Coatleven
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