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De l’eau sous les ponts

Doucement, discrètement, mais sûrement, Les 4Ecluses se sont taillées une place à part dans le nord de la France. Intimiste, l’endroit est l’écrin idéal pour accueillir un folk feutré – mais aussi la caverne rêvée pour du death metal. À l’occasion de ses 20 ans, le premier directeur de la salle, Dominique Floch, et son successeur, François Jolivet, reviennent sur une belle histoire.

Attention : ici, on risque d’enquiller les lieux communs du type « un soleil qui darde ses rayons dorés sur un cours d’eau fendant la nature verdoyante » mais, que voulez-vous, tout est vrai ! C’est dans ce cadre que se trouvent Les 4Ecluses, alors on n’échappe pas aux clichés. De toute façon, l’important est à l’intérieur, sous ce toit voûté et entre ces murs épais – très épais, même : l’endroit fut jadis une poudrière. On y reviendra. « Tout a commencé au bar le Dyck » se souvient le fondateur Dominique Floch. « Nous y avons monté nos premiers concerts en 1985 : du pub-rock, du blues, du punk-rock, entre autres. En 1989, l’association Arts Scéniques Rock est née, mais nous n’avions toujours pas de lieu. Nous organisions des dates en partenariat avec le Bateau-Feu, mais aussi au Méridien, à Malo, à Petite-Synthe… » 1989 est également l’année d’un changement à la mairie de Dunkerque, avec  l’élection de Michel Delebarre. Socialiste, ce dernier rompt avec la politique municipale très, très à droite du maire sortant, le CNI Claude Prouvoyeur. « Les institutions ont vu qu’il se passait quelque chose à Dunkerque, et elles ont compris qu’elles pouvaient nous faire confiance. »

Etat des lieux
En 1993, l’ancienne poudrière (devenue prison durant la Seconde Guerre Mondiale, puis antenne de l’ANPE) est choisie pour accueillir la fine équipe. Qui découvre un bâtiment totalement délabré : « Nous avons eu un coup de coeur immédiat pour l’endroit, nous sentions que  c’était le lieu idéal, mais il y avait du boulot », raconte Dominique Floch  dans un sourire. « Des arbustes poussaient dans la salle principale… ». Cette salle, avec une jauge de 300 places, est effectivement parfaite à l’époque – défileront entre autres Zebda, Miossec, Marcel Et Son Orchestre, Dr Feelgood… Vingt ans après, sans avoir rien perdu de son cachet intimiste, elle se sent parfois à l’étroit. « Mais on ne peut pas pousser les murs », admet Dominique, qui a quitté la direction en 2001.

La bonne approche
Arrivé dans son fauteuil en 2010, François Jolivet poursuit : « Ce pourrait être une faiblesse, nous en avons fait une force. Ainsi, nous pouvons accueillir des artistes “de niche”. Je pense au festival We Will Folk You ou à une formation post-rock comme Sleepmakeswave ne conviendrait peut-être pas au Grand Mix, par exemple. Ici, c’est plus simple. Idem pour Napalm Death. Leur agent était réticent, souhaitait une plus grande salle mais finalement l’auraitil remplie ? Ici, nous avons affiché complet. » Un rapide coup d’oeil à la dernière saison confirme ses dires, puisque des Normands de Gablé à la légende Steve Mackay (saxophoniste sur Fun House des Stooges), du dub de Bush Chemists ou le hip-hop façon Audiard de Seth Gueko, Les 4Ecluses ont frappé fort. Et juste. L’avenir, désormais, passe par l’aide à la création. En sus de l’accompagnement de jeunes formations, seront bientôt achevés trois studios de répétition – ce dont Dunkerque manque cruellement. Idéalement, ces studios seront ouverts quotidiennement, le soir et ls week-ends, afin d’encourager les pratiques amateures. Rendez-vous dans 20 ans !

 

Thibaut Allemand
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