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Grandeur Nature

de Kelly Reichardt
Night Moves © Tipping Point Productions, LLC

En cinq longs métrages, Kelly Reichardt, cinquante ans, est devenue l’une des figures les plus importantes du « cinéma indépendant américain ». Appellation fourre-tout, qui vaut autant pour les sinistres Alexander Payne et Jason Reitman que pour Gus Van Sant et Vincent Gallo. Reichardt est du bon côté – celui des cœurs purs et sauvages.

Night Moves débute avec la projection d’un documentaire militant alarmant les spectateurs sur l’imminence de la catastrophe écologique. Dans la salle, Josh (Jesse Eisenberg, parfait de minimalisme) est déjà convaincu. L’activiste connaît l’urgence et la nécessité d’éveiller les consciences. Avec deux amis, le jeune homme monte une opération visant à détruire un barrage. Malgré les apparences, et l’intérêt jamais démenti de Reichardt pour les espaces naturels (Old Joy, 2006, La Dernière Piste, 2010), Night Moves n’est pas un film écolo à thèse mais, à sa manière cotonneuse et languide, il flirte avec le film de genre pour saisir au plus près ses personnages.

À bout de course
Le rythme est haletant, digne du film de braquage : préparation, exécution, dissolution de l’équipe. Par la précision de son découpage, Reichardt réalise même une des séquences les plus tendues de son œuvre, lorsque les amis glissent sur le lac vers leur cible, dans un silence à peine troublé par le bruit des rames. Pour autant, les relations entre les personnages ne se réduisent pas à l’action. C’est le rapport de l’individu à la communauté, la possibilité du couple dans la clandestinité, qui portent le film. Et certainement l’idée d’un achèvement irrémédiable, celui de l’innocence, ou de la jeunesse.

Raphaël Nieuwjaer

Avec Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Peter Sarsgaard… En salles


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