Pas De Quartier

de Kleber Mendonça Filho

Alors que le Brésil prépare le terrain des J.O de 2016 en expulsant par centaines des familles des favelas de Rio, le premier longmétrage de Kleber Mendonça Filho ausculte la vie d’un quartier résidentiel de Recife. Et trouve, sous l’apparente tranquillité, les fantômes de l’esclavage.

Revendiquée par Mendonça Filho, auteur jusqu’ici de courts-métrages documentaires, l’influence de John Carpenter s’impose dès le premier plan. Suivis par une caméra serpentine, deux enfants en rollers traversent le parking d’une résidence réservée aux classes moyennes et supérieures pour rejoindre un terrain de jeu protégé par de hauts grillages. Plus qu’une simple question de style, ce qui réunit les deux cinéastes est politique. Comme Carpenter, Mendonça Filho fait remonter les refoulés historiques à la surface à travers la cartographie rigoureuse d’un espace. Par éclats, le film livre en mosaïque la vie d’un quartier moderne, isolé et sûr, se rêvant enfin libéré des questions sociales.

Retour des spectres
Ces questions travaillent cependant les conversations les plus innocentes, les petites attentions. Ainsi, le malaise s’installe lorsqu’un homme exige de sa domestique qu’elle enfile ses claquettes. À chaque fois, c’est affaire de circulation, possible ou empêchée, de rapports de classes inscrits dans le verre et le béton. Jusqu’à ces visions, fantasmes d’envahissement ou bouffées d’horreur, qui prolifèrent peu à peu avant de s’incarner. Les dominés reviennent enfin habiter l’espace et la conscience des maîtres. On n’entend plus alors « les bruits du voisinage » (le titre original), mais un véritable cri de révolte.

Raphaël Nieuwjaer

Avec Irandhir Santos, Gustavo Jahn, Maeve Jinkings, W.J. Solha… En salles.


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