Eternels Adolescents

© Elisabeth Blanchet

« Voilà les anges, ne s’arrêtent pas… ». Un refrain légendaire de l’été 1989. Ses auteurs ? G amine. Un nom de rien, fragile et féminin, qui inspire la jeunesse et la légèreté. Une écriture simple et lumineuse parfois comparée aux Smiths. L ‘album Voilà Les A nges, grand disque – hélas jamais réédité – contenait d’autres merveilles aériennes comme Le Voyage. Aujourd’hui, le succès d’Aline (au hasard) a remis au grand jour les parrains malgré eux de cette scène pop francophone. À l’occasion des dix ans de l’association Bordeaux Rock et d’un bref passage sur scène, Paul Félix, ex-chanteur du groupe, converti depuis vingt ans au bouddhisme tibétain, nous donne des nouvelles.

Que retiens-tu de Gamine ?
J’avais quinze ans lorsqu’on a débuté, en 1980. O n a vécu des moments exceptionnels mais toujours dans le style loser. Nous sommes des losers indécrottables ! (Sourire). O n a peut-être marqué les esprits, mais les ventes n’ont jamais été spectaculaires, par exemple. Nous étions un peu largués, on manquait de sérieux, et les relations au sein du groupe était difficiles. De plus, la presse rock nous a un peu mis au ban, nous jugeant trop commerciaux ou je ne sais quoi. Et sur scène on n’était pas non plus à la hauteur : c’était erratique, chaotique.

Ce n’est pas ce qu’on imagine, à l’écoute de vos albums.
Et pourtant si. D ‘ailleurs, notre ingé-son disait qu’on était le pire groupe avec lequel il tournait. Selon lui, même les gars d’Oberkampf étaient plus gentils que nous ! C’est vrai que nous étions immatures. On se la pétait pas mal, on jouait les stars un peu n’importe comment… Bref, on était en plein dans notre histoire mais elle n’était pas commerciale, notre histoire.

Et la séparation ?
En 1990, on est arrivés à un croisement : nous devions signer pour trois ans. Mais j’avais envie d’autre chose. J ‘avais des maquettes, mais le courant passait mal avec Pascal Nègre. Bref, je me suis fait virer ! (Rires) J ‘ai zoné, perdu mon appart’, squatté chez des copains, au local de répète. E n 1993, j’ai commencé à travailler avec Jean Labbé, qui avait produit les deux premiers albums de La Mano Negra. Ça s’appelait Real Atletico, du nom des deux équipes de Madrid. On a été signés chez P ias. L ‘album est sorti mais sans promo… A près quelques concerts, j’ai arrêté. J ‘avais besoin de prendre l’air !

C’est à ce moment-là que tu as commencé à faire des retraites ?
Non. Je me suis intéressé au bouddhisme dès 1990. Pendant qu’on enregistrait Dream Boy, je lisais Hermann Hesse, Siddharta. Puis je suis parti en Inde, tout seul pendant six mois, j’ai rencontré des gens et me suis intéressé à la méditation. En rentrant en F rance, j’ai rejoint un centre de bouddhisme tibétain en Auvergne. J ‘ai fait une première retraite de trois ans, puis une deuxième, puis une troisième…

Après presque vingt ans consacrés au bouddhisme, tu as décidé de reprendre la musique ?
Oui… Enfin, j’ai tout de même joué ces quatre dernières années dans des fêtes, je chantais un peu. À chaque fois, c’était une redécouverte parce qu’avec le temps, les choses ont évolué. José, de Bordeaux R ock, m’a proposé de participer aux dix ans de l’association. C’est d’ailleurs lui qui avait écrit la musique du Voyage. J ‘ai un peu hésité et puis finalement, j’ai décidé de reprendre quelques morceaux de Gamine.

As-tu des projets musicaux ?
Pas vraiment. Je veux jouer avec des potes, et puis je verrai si j’enregistre ou non, si je poste sur YouTube ou pas. Je n’ai pas de plan de carrière, je navigue à vue. Gamine n’est pas près de se reformer. Pour l’instant, j’enregistre des trucs qui nourriront peut-être un album mais ça prendra le temps qu’il faut. Je vois toujours Paco (ndlr. Rodriguez, ancien guitariste), nous finirons bien par refaire des choses ensemble.

 

Discographie :
Le Voyage (45 tours, 1986)
Voilà Les Anges (album / Barclay, 1988)
Dream Boy (album / Barclay, 1990)
Gamine Revisité 1980 – 1986 (Compilation / Art Pop, 2006)

Propos recueillis par Elisabeth Blanchet
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