La Grande Communion

À l’écart d’une rue de la soif étanchée par l’uniformisation de l’offre, entrer au Golden Wave, discothèque rock de la rue des Arts à Lille, c’est opter pour une vision de la fête où l’ambiance est laissée aux soins de la clientèle. Un art de vie nocturne défendu depuis 1993 par Christine, patronne incandescente d’un lieu inamovible. Bienvenue au « Goldu ».

« Il est arrivé que des gens entrent au Golden et s’en aillent aussitôt, pensant que c’est une secte », se marre Christine. Il y a vingt-et-un ans, elle fondait cette discothèque en misant sur le spectaculaire (et le carton-pâte), transformant le lieu en église gothique avec force têtes de mort et rosace monumentale. Si l’endroit ressemble plus à un train fantôme qu’à la Basilique de Saint-Denis, son décorum saisit tout visiteur, même sous l’emprise d’une vodka sanguine. Bien sûr, le personnel est ad hoc, et la clientèle aussi. Mais attention, pas d’esprit de tribu, tout le monde peut entrer au Golden Wave : « Artistes, punks à chien, tous ces gens qui font des choix personnels, ce sont eux l’âme du lieu… », explique Christine, qui accueille aussi banquiers et fonctionnaires.

La nuit est chaude, elle est sauvage
Quand on vit la nuit, on voit la fête sous un autre jour. Invitée à prendre part aux Etats généraux de la vie nocturne,  initiés par la Mairie de Lille, Christine regrette que « les discothèques ne soient plus des lieux de séduction. Internet a pris le relais ». Elle a vu les modes vestimentaires et les danses se succéder, alternant des périodes rock, metal ou new wave, mais observe depuis quelques temps une « crise de valeurs ». Le comportement des noctambules deviendrait de plus en plus individualiste,  l’alcoolisation de plus en plus rapide… Si le Golden Wave n’est pas une secte, ce n’est pas non plus un lieu de débauche païenne (malgré le seau de godemichés fièrement exposé derrière le bar). Christine résiste à toutes les dérives d’une main de fer, protégeant autant son établissement d’une nostalgie excessive que d’une révolution trop novatrice.

Le Golden Wave
Lille, 7 bis rue des Arts, mar>sam, 23h>7h, entrée libre

Mathieu Dauchy