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Ceci n'est pas un artiste

© Olimpio Mazzorana

On parvient à l’attraper au sortir de ses congés, en transit entre La Belgique et l’Autriche mais la tête encore un peu en vacances. Avec une double actualité dans la région (au Vivat et au Phénix) et pas moins de quatre spectacles en tournée, Antoine Defoort, 35 ans, est un artiste occupé. Enfin, artiste… « Je préfère qu’on y mette des guillemets ». Créatif ? Assurément, au vu des installations-performances- conférences fourmillant d’idées qu’il conçoit, seul ou au sein de l’Amicale de production. Faisons les présentations.

« Mais en fait, pourquoi voulez-vous écrire quelque chose sur moi ? » Modeste, Antoine Defoort (ou « Entuene Dufard, ardisde de variédé » selon son site internet) finit par accepter de raconter – entre deux hésitations et jeux de mots navrants mais assumés – comment il est venu à la scène : « Je passais mon temps au Phénix depuis son ouverture, et mes potes faisaient de l’art. Je trouvais ça trop bien. » Assez logiquement, le Jenlinois lâche ses études de maths pour un Deug d’arts plastiques, suivi des Beaux Arts, d’abord  à Grenoble puis dans le Nord. En 2004, son diplôme de l’ESA et 10 000 euros « légués par tante Annette » en poche, il multiplie les petites pièces bricolées et bénéficie de quelques soutiens déterminants : l’équipe de L’L à Bruxelles, et la directrice du Vivat d’Armentières, Éliane Dheygere, qui co-produisent Cheval, remarqué il y a quatre ans à Avignon. « L e spectacle était très fragile à la base, et finalement on tourne avec depuis 2007 », relève Julien Fournet arrivé sur les planches par inadvertance, lui qui était en charge de l’administratif. À cette époque, Halory Goerger, diplômé en sciences du langage, les rejoint pour des performances  convoquant n’importe quel matériau digne d’intérêt : vidéo, musique en live ou théâtre. L’essentiel : ne pas se prendre au sérieux« Parce qu’être artiste, ça n’a rien de grave. J’ai envie de dire à tout le monde : détendez-vous avec l’art ! »,  s’exclame Antoine Defoort, résumant la ligne directrice de l’Amicale de production, née en 2010.

 

Sur-mesure

« On a senti qu’il fallait faire un effort de structuration », éclairent les complices. Ni bureau de production, ni compagnie, l’outil se définit comme une coopérative de projets. En fait, une structure inédite pour accompagner la création et gérer librement les contraintes de temps ou de budget. Cette réalité, la petite troupe l’enseigne aux étudiants de la région, souvent loin d’imaginer la galère à  venir. Au programme de la journée d’études donnée au Phénix, on trouve d’ailleurs un « Jeu de l’oie du spectacle vivant » imaginé par Julien, qui décrit avec humour toutes les embûches auxquelles une compagnie doit faire face. De son côté, Antoine donne une conférence (forcément) émaillée de blagues sur le thème de la propriété intellectuelle. L’installation Les Thermes, un cours de philo donné dans une piscine de balles recouvertes de fragments de la pensée stoïcienne, ouvre ce onzième Cabaret des Curiosités. La fertilité créative du trio n’a semble-t-il pas de limite. Un dernier exemple ? Encore en chantier, leur prochain projet mettra en scène un ludodrome géant. Un levier pour interroger notre rapport à la règle, mais certainement un terrain de jeu supplémentaire à la disposition de ces grands enfants.

Marine Durand
Informations
Armentières, Le Vivat

Site internet : http://www.levivat.net/

22.02.201416h, Carte blanche à Antoine Defoort.
Valenciennes, Le Phénix

Site internet : http://www.lephenix.fr

07.02.20149h à 16h, Journée d'études de l'Amicale de Production.
07.02.2014>11.04.201413h à 17h, Les Thermes
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