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Mots de passe

Artisan des sentiments à l’emploi du temps chargé (toujours une pièce en tournée , une création sur le feu et une dizaine d’autres projets supposés), Joël Pommerat surprend en portant sur les planches de l’Hippodrome de Douai un texte qui n’est pas signé de sa main. Parallèlement, deux des ses classiques sont repris à Bruxelles. Le fondateur de la Compagnie Louis Brouillard nous éclaire un peu.

« C’est, à ma connaissance, la première oeuvre de la dramaturge et comédienne Catherine Anne. Elle fut écrite avec et pour ses camarades du Conservatoire. Je l’ai découverte lors de sa création, en 1987, au Théâtre de la Bastille. Nous sommes de la même génération et ce texte me passionne, explique l’intéressé. Je me sens intimement lié aux personnages qui débutent leur vie d’adulte. Les protagonistes sont encore dans une sorte de candeur, et l’écriture fait également preuve d’une naïveté étudiée. La justesse de son regard me touche ». Durant cette Année Sans Eté, cinq jeunes gens aspirent à devenir écrivain, à partir loin, pour fuir qui les parents, qui la province, parfois tout cela à la fois. Ils vivent des amours sans lendemain et passent, peut-être, à côté du grand… Le genre d’histoire qui réveille forcément des souvenirs de jeunesse en chacun, et fait sûrement écho à l’existence des jeunes comédiens dirigés par Joël Pommerat. Enfin, dirigés…

Expérience Lorsqu’on connaît la méthode Pommerat, faite de répétitions et d’échanges, mise en scène et écriture étant réalisées simultanément, on s’interroge : quelles libertés ont été prises ici ? Quelle place fut laissée à l’initiative des comédiens ? « Nous n’avons pas touché au texte. Un choix plutôt sage, afin d’être disponible au maximum pour accompagner les acteurs dans leur interprétation ». N’empêche, lorsque l’on décide de porter un tel texte sur les planches, on a forcément en tête quelques idées, arrêtées ou non. « Je n’impose rien, et privilégie toujours le dialogue et l’écoute. Bien sûr, j’avais quelques grandes lignes à l’esprit, qui furent confirmées ou démenties par le travail. Finalement, j’ai fonctionné de manière plus “classique”, j’ai mis en scène sans être à l’origine du texte. Ce n’est pas mon rôle favori mais ici, c’était nécessaire et plutôt intéressant. Cette expérience m’a beaucoup appris ».

Cent fois sur le métier… Impatient, on se demande à quoi ressemblera la mise en scène. « Les familiers de notre travail ne seront pas déconcertés, confie Pommerat. La scénographie est frontale, sur le principe d’un espace vide, une boîte noire dans laquelle la lumière, le son et quelques éléments scéniques construisent à la fois une réalité et un imaginaire. Vous savez, ce n’est pas parce que le texte n’est pas de moi que je vais faire autre chose. Ce spectacle est la continuité de mes œuvres précédentes ». Justement, en mars, sont à nouveau repris deux standards d’un vaste répertoire. D’un côté, le huis-clos familial Au Monde (2004), qui a définitivement assis la réputation de son auteur. Puis Les Marchands (2006), sublime travail sur l’aliénation, la perte de soi dans le labeur, jouant sur la dissociation du son, de l’image, pour faire sens. Une belle occasion de les (re)découvrir et, pour leur auteur, de les revisiter. « Il n’y a pas de changement radical, mais une évolution naturelle. Je ne suis plus la même personne qu’il y a dix ans. Je n’écrirai pas forcément les mêmes mots aujourd’hui. Mais ces petits chocs, ces légers troubles sont stimulants ». Le trouble. Une courte, mais juste définition de l’œuvre de Joël Pommerat.

T.A.
Informations
08.01.2014>10.01.201420h, complet les 8 & 9, 20/16/12/10/9€,

Au Monde
28.01>02.02, Bruxelles, Théâtre National, Complet !

Les Marchands
16>25.01, Bruxelles, Théâtre National, Complet !

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