Mode capitale

© Boy Kortekaas

Les murs de l’Académie royal e des Beaux-Arts d’Anvers ont accueilli Van Gogh, Jan Fabre ou Margiela , mais l’institution n’a jamais été aussi fringante qu’à l’heure de fêter ses 350 ans. Or, 2013 marque aussi le demi- siècle du prestigieux « Antwerp Fashion Department ». Si la rétrospective au MoMu demeure le centre névralgique de l’évènement, Anvers toute entière vibre au rythme de la mode.

À la tête de l’une des plus anciennes écoles d’art au monde, Eric Ubben tient « beaucoup à ne pas cloisonner les départements ». Dans ce grand espace ouvert, les talents bouillonnent et se fécondent. À seulement 50 ans, la section mode est devenue la locomotive de l’institution, vitrine glamour d’un savoir-faire qui a fait ses preuves. Chiffres à l’appui : s’il y a près de 40% d’élèves étrangers dans l’Académie, ils sont 80% dans le département fashion.

Afficher sa différence
Cette solide réputation, l’école la doit à l’intuition, audacieuse à l’époque, du directeur Mark Macken (1913- 1977). En 1963, faisant fi des grincheux, le natif de Diest intègre le « dessin de mode et d’ornement » dans la section des arts graphiques. Le MoMu accorde alors une large place aux croquis de mode, entre défilés de fin d’études et travaux d’étudiants de toutes les générations regroupés par thème. « Anvers se distingue des autres écoles de stylisme par une dimension plus expérimentale et moins commerciale », souligne Eric Ubben. Les élèves y sont encouragés à développer leur personnalité, à explorer leur potentiel en s’éloignant de ce qu’ils connaissent – à la façon des art-schools britanniques.

Les « six d’Anvers », le moment fondateur
La spécificité de l’Académie s’incarne dans la légende des « 6 d’Anvers » (en fait sept, voir ci-dessous). Ces étudiants, parmi lesquels Walter Van Beirendonck, actuel directeur du département, se retrouvent entre 1976 et 1982 pour bousculer les codes de la mode. « Travailler dur, s’amuser ferme » est la devise d’un groupe animé par une saine émulation, les yeux tournés vers la France ou la Grande-Bretagne. En 1986, la présentation de leurs collections au British Designer Show de Londres signe la naissance du style anversois. Fière de ses icônes, la Ville a demandé à douze stylistes de choisir une pièce emblématique, magnifiée le temps d’un shooting. Dispersées dans la cité, les photos grand format sont à découvrir au détour d’une ruelle. Comme la cerise sur le gâteau d’anniversaire ?

 

 

LES SIX +1 D’ANVERS

© Karel Fonteyne

© Karel Fonteyne

Marina Yee
Une carrière en pointillés pour celle qui a un temps délaissé la création au profit d’un café brocante. Marina Yee se cantonne aujourd’hui à quelques pièces artisanales recyclées, alimentant ainsi l’éternel renouvellement de la mode.

Dries Van Noten
Avec un grand-père tailleur et un papa gérant d’une boutique de mode homme, sa voie était tracée. Remarqué pour le mélange de cultures qui habite ses collections, Dries Van Noten l’Anversois vit toujours dans sa ville natale, où il déploie son talent.

Ann Demeulemeester
À rebours du cliché de la poupée Barbie, on note l’omniprésence du noir et blanc dans les créations de cette fan de Patti Smith. Son vestiaire rock affiche des classiques : bottes à sangles, blouson de motard et jupe longue… Walter Van Beirendonck Un physique et un tempérament. Grand expérimentateur, il imprègne de son sens de l’humour ses mailles osées et criardes. Également créateur de costumes de scène (U2…), personne n’incarne mieux que lui la mode anversoise.

Dirk Bikkembergs
Pionnier dans le mariage du sport et de la mode, le créateur allemand s’inspire des vêtements militaires. Robuste et énergique, ce style a moulé, sept ans durant, les cuisses musclées des footballeurs de la Squadra Azzura, l’équipe nationale italienne.

Dirk Van Saene
Un style indéfinissable, car entièrement renouvelé à chaque saison, et à contre-courant des tendances. Ses shows sont également déroutants – imaginez des mannequins portant des postes de radio diffusant chacun une chanson différente…

Martin Margiela
Le fameux septième ! C’est le plus secret, mais le plus influent. Issu de la promotion 1981, mais absent du moment fondateur de Londres, il a développé un culte de l’impersonnalité en réaction au fétichisme de la célébrité dans la mode. Signe distinctif : ne répond aux journalistes que par fax, signés « Maison Martin Margiela ».

Dossier réalisé par Marine Durand
Informations
Anvers, MoMu

Site internet : http://www.momu.be/

>26.01.2014MAS, Musée royal des Beaux-Arts, M HKA et dans divers lieux. Voir le programme des évènements pour célébrer les 350 ans de l’Académie et les 50 ans du Département de mode sur www.happybirthdaydearacademie.be

L’ACADÉMIE D’ANVERS EN 6 DATES

1663 : Le peintre flamand David Teniers fonde l’Académie royale des Beaux Arts d’Anvers sur le modèle des écoles d’arts et de sciences de Rome, Paris ou Florence.
1885 : Inscription de Vincent Van Gogh, le plus célèbre des élèves.
1963 : Mary Prijot devient la première directrice du département mode de l’Académie.
1980-82 : Les futurs “6+1 d’Anvers”, diplômés entre 1980 et 1982, s’affranchissent des codes “traditionnels” imposés par Mary Prijot, allant jusqu’à critiquer ouvertement leur directrice dans la presse. ”
1985 : Ancienne étudiante de l’Académie, Linda Loppa donne un souffle nouveau au département mode dont elle devient directrice. La section privilégie une mode plus conceptuelle.
2006 : Walter Van Beirendonck prend à son tour la tête du Département mode, apportant avec lui son culte de la technique et sa créativité sans limites.

 

À lire / À l’occasion de ce double anniversaire paraît le très bel ouvrage collectif Mode Anvers, l’Académie 50, qui revient en images et multiples anecdotes sur 50 ans de création et d’enseignement au sein de la section mode, Éd. Flammarion, 276 p., 50€

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