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Un coeur trop pur

James Gray

Marginal aux Etats-Unis, James Gray a toujours peiné à monter ses projets. D’où des éclipses parfois longues, que le cinéphile français subit avec fébrilité. Après le bouleversant Two lovers (2008), il n’est hélas pas certain que The Immigrant comble toutes les attentes.

1921, Ellis Island. La Statue de la Liberté est à portée du regard d’Ewa (Marion Cotillard) et de sa soeur, Magda, jeunes Polonaises fuyant leur pays récemment ravagé par la guerre. Alors que Magda, malade, est mise en quarantaine, Ewa est accueillie par Bruno (Joaquin Phoenix), entrepreneur de spectacles au bras long et aux motivations obscures. Prête à tout pour libérer sa soeur, Ewa travaille pour Bruno : couturière, « statue de la liberté » dans un de ses shows dénudés, prostituée enfin. Ce chemin de croix ne corrompt jamais la pureté d’Ewa, animée d’une détermination aussi froide qu’implacable. De quoi rendre ce personnage peu aimable, au regard des tourments qui agitent Bruno, rongé par le mal. Et c’est sans doute le problème de cette oeuvre bancale. Si Gray affirme signer un film de femme, il se passionne pourtant moins pour la figure monolithique d’Ewa que pour celle, dostoïevskienne, de Bruno. « Si tu lèches mon coeur, tu n’auras que du poison sur la langue », avoue-t-il. Aux certitudes d’Ewa, répondent les élans contradictoires de Bruno, qui désire tout autant la sauver que la dégrader, l’aimer que l’humilier. Le vrai coeur de ce film déséquilibré bat sous la grande carcasse du bouleversant Phoenix, mais on peine à l’entendre.

Raphaël Nieuwjaer

The Immigrant, de James Gray.

Avec Joaquin Phoenix, Marion Cotillard, Jeremy Renner…


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