Home Exposition Jacques Floret

Roulement à billes

Scratch Jacques Floret / Giulia Franchino

Vous avez peut-être déjà aperçu ses illustrations de style ligne claire dans les pages du Monde, de Technikart, de la Revue XXI ou des Inrocks… Mais Jacques Floret exécute et expose (depuis 1993) des compositions au stylo bille quatre couleurs. Il collabore avec Pif Paf Records, APC, dessine parfois des filles nues et des bagnoles. Rencontre avec un artiste qui fait couler beaucoup d’encre.

Comment intervenez-vous dans cette exposition consacrée au skate à Roubaix ?
Je ne suis pas un spécialiste de la question. Mais, une résidence à Berlin m’a permis d’approfondir mes connaissances et de proposer deux séries : Trick et Scratch.

En quoi consistent-elles ?
à travers Trick, j’ai voulu saisir une pose de skateur amateur, une de ces figures répétées inlassablement. Dans cet esprit, je me suis concentré sur une image que j’ai décidé de reproduire cinquante fois. Entre le premier et le dernier dessin, il n’y a aucune évolution, mais l’idée de répétition est là. C’est une autre manière de mettre son corps en jeu, pas aussi spectaculaire qu’avec un skate, mais c’est très fatiguant de répéter la même chose. J’ai mis deux mois à réaliser tous ces dessins.

Comment avez-vous procédé ?
Sur le principe de l’imprimante. J’ai réalisé un premier dessin au trait, puis en couleur. Celui-ci m’a servi de modèle. Puis, je l’ai décalqué 50 fois, j’ai apposé sur chacun une couche de noir, puis une couche de rouge… et ainsi de suite. Jusqu’à ce que l’image soit saturée et lisible. Après en y regardant de près, c’est le jeu des sept erreurs.

Il y a donc un aspect ludique dans votre oeuvre ?
Non, je ne prends aucun plaisir à faire ces dessins. La véritable satisfaction arrive quand la tâche est terminée. On a tous gribouillé au bic sur un coin de feuille. Je l’ai beaucoup fait dans ma jeunesse et je continue, même si je ne suis plus un ado. Je ne revendique pas un talent particulier, ne cherche pas non plus à perfectionner une technique. Je veux que le spectateur ait un lien direct avec l’oeuvre, un truc du genre « Oui, je peux le faire aussi, mais ça a l’air très chiant ! » (rires).

Et pour Scratch ?
C’est une photo de mon neveu qui s’est pris un gnon, assez emblématique du skate, un ado fier de ses blessures !
Dans les deux cas, je me sers de ce qui existe déjà, comme un skateur qui utiliserait le mobilier urbain. Moi, j’utilise un simple bic quatre couleurs et le format A4.

Pourquoi le stylo bille à quatre couleurs ?
C’est un cadre, une règle du jeu. Du coup, je ne travaille qu’avec le bleu, le noir, le rouge, le vert. Ce n’est pas une question d’esthétique ou de rendu. Ce stylo est banal, tout le monde l’a déjà utilisé. La peinture à l’huile ou Photoshop sont épatants si on ne connaît pas cette technique. J’ai préféré un médium qui n’est pas spectaculaire.

Quelles sont vos inspirations ?
Aucune en particulier, Internet en général : il y a des milliards d’images, il faut juste les trouver. Par exemple, pour l’exposition Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans (ndlr. 2008), j’ai dessiné 50 mamans, plus ou moins âgées, en déclinant quelques stéréotypes. Mais pour cela, j’ai utilisé des photos de magazines de tricots et des photos pornographiques, entre autres. J’ai poussé le vice en racontant que les mères étaient celles des artistes même si c’était totalement faux…

Cinquante dessins encore une fois, êtes-vous superstitieux ?
C’est plutôt comme une punition. La maîtresse vous faisait copier 25, 50, voire 100 fois la même phrase, pas 27 ou 32. Après, ça devient trop dur à supporter en terme de délai et de fatigue, c’est la bonne limite !

 

Elsa Fortant & Nicolas Pattou
Informations
Roubaix, La Condition Publique

Site internet : http://www.laconditionpublique.com/

mercredi > dimanche, 14h > 18h

>24.11.2013mer>dim, 14h30>1830, Gratuit

www.laconditionpublique.com
À visiter / www.lezilus.fr
À lire / Alf-moi Partout – éditions galerie du jour agnès b., 2006 / Permettez-moi d’Admirer Votre Parc – éditions Orbe, 2007 / Rachel & Rosco – éditions Dilecta, 2009 / Oh! Le Bel Eté – éditions Derrière la salle de bains, 2010 / Mammaire – éditions Derrière la salle de bains, 2010 / Maman – éditions Derrière la salle de bains, 2010

Articles similaires
No More Heroes © Johan Muyle Photo Dominique Libert