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Merveilles à la tronçonneuse

 © Egon Dejori

Aux nouveaux médias, Willy Verginer préfère les possibilités des matériaux ancestraux. « J’ai grandi dans le nord de l’Italie, où le travail du bois est une grande tradition. Au xviie et au xviiie siècle, on trouvait ici d’innombrables sculpteurs baroques ». Sitôt acquises les techniques de ses aïeux, Willy a développé une œuvre très abstraite dans les années 1990 inspirée de l’Arte Povera, Penone en tête. Une décennie de recherches plus tard, le Transalpin dévoile une exposition renouant avec le figuratif. Volte-face ? Pas tout à fait. Selon lui, la sculpture peut rompre avec les codes du passé tout en respectant les techniques anciennes. Il s’agit simplement d’en reconsidérer les thèmes. Ici, un théâtre de l’absurde, pétri des rêves, des cauchemars et des désirs de notre temps.
Et techniquement, de quel bois se chauffe Willy Verginer ? « J’utilise surtout du tilleul, l’un des bois les plus propres. Jamais de bûches, mais des planches d’une épaisseur de 12 cm. Mais avant, je les laisse sécher naturellement durant six ans », confie le quinquagénaire entre deux coups de tronçonneuse. « Comme vous voyez, j’utilise des machines, mais la plupart du temps je manie un simple burin et une lime ». Dans son atelier d’Ortisei, se succèdent des étudiants de l’école d’art de la ville. Des modèles vivants qui lui permettent de ciseler le moindre détail.
Mais contre toute attente, notre hôte se considère avant tout comme un peintre. « C’est la partie la plus importante de mon travail. La couleur submerge mes sujets, elle ne souligne pas simplement la narration, mais remet tout en question ». À commencer par l’hyper-réalisme de la forme. Belle façon de tracer une ligne – très fine – entre l’art et le réel.

Nicolas Pattou
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