Home Exposition Happy Birthday Perrotin

25 ans

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Mais qu’est-ce que c’est ? Oui, c’est bien un éléphant accroché au mur, façon tête de cerf dans une gentillhommière. Ou presque. Et ce n’est pas le dernier de nos émois. Le TriPostal ouvre grand ses portes à une figure de l’art contemporain, Emmanuel Perrotin, qui fête les 25 ans de sa galerie à Lille. Sorte de self-made man de la cimaise, ce Parisien érudit et passionné ne s’est jamais spécialisé dans un domaine, défendant autant l’art conceptuel, le minimalisme, que le néo-pop art. La liste des artistes qu’il représente vaut tous les discours : Maurizio Cattelan, Wim Delvoye, Damien Hirst, Takashi Murakami, Mariko Mori, Sophie Calle… Mais que se cache-t-il derrière cet impressionnant gâteau ? Visite guidée.

Emmanuel Perrotin
MAITRE DE CEREMONIE
À la fois invité d’honneur et commissaire d’exposition, Emmanuel Perrotin revient sur son parcours , son métier* de galeriste et les parti -pris de ce vaste accrochage . Bref, avant de souffler vingt -cinq bougies , le marchand d’art montre qu’il ne manque pas d’inspiration .

Quelle est l’origine de cette exposition lilloise ?
Si j’ai bien compris, Didier (ndlr. Fusillier, de Lille 3000) et Martine (ndlr. Aubry) souhaitaient rendre hommage au métier de galeriste. Cette invitation est très importante : le secteur privé est une clé de voûte de la création, certaines oeuvres nécessitant d’énormes moyens de production. Ni l’Etat, ni les marchands ne peuvent tout financer. Ce sont les clients qui le permettent. À travers le marchand, c’est donc un hommage à l’économie de l’art contemporain, une économie qui permet de réaliser les rêves des artistes.

Pourquoi vous ?
Je ne sais pas. Ça aurait pu être quelqu’un d’autre, c’est vrai. Ma galerie a 25 ans, j’en ai 45. Et surtout, j’ai commencé, jeune, avec des artistes de ma génération, qui débutaient et sont devenus célèbres très vite, comme Damien Hirst ou Takashi Murakami. J’ai eu de la chance.

Et du flair, comme un sélectionneur de football ?
Oui, c’est de cet ordre là. À un détail près : je ne touche rien lorsqu’un artiste passe d’un « club » à l’autre. C’est aussi pour cela que j’ai souhaité que ma galerie soit plus importante, que j’ai ouvert des lieux à New-York ou Hong-Kong : afin que les artistes ne s’en aillent pas. Ça m’est rarement arrivé, et ce n’est pas agréable. Damien Hirst m’a quitté, par exemple, mais je suis très content d’exposer huit de ses pièces, chose qui n’est pas arrivée
en France depuis des années.

Êtes-vous influencé par l’opinion du public dans vos choix artistiques ?
Pas toujours. Prenez JR : dans le milieu de l’art contemporain, il y aurait pu avoir un a priori négatif contre cet homme hyper-médiatisé, populaire… Mais j’étais dans un taxi, sur l’autoroute de Shanghai, lorsque j’ai vu l’une de ces oeuvres au loin, sur un château d’eau. J’ai pensé : « Si je suis capable de reconnaître son truc à 100km/h sur la route, je devrais le rencontrer ». Un autre exemple : lorsque Maurizio Cattelan a débuté, un grand conservateur a déclaré que cela relevait de la blague de potache. Aujourd’hui, le même le considère comme un des plus grands artistes du xxe siècle. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

Vous considérez-vous comme un artiste ?
Non. Enfin, si, un peu : je participe à des brainstormings, j’exprime parfois ma fantaisie. J’essaie surtout d’être créatif dans la façon d’aborder mon métier, en organisant des concerts dans ma galerie avec Massive Attack ou WhoMadeWho, par exemple.

Comment avez-vous sélectionné les oeuvres présentes à Happy Birthday ?
Il y a tellement de paramètres… Disons qu’on y trouve des artistes avec qui je travaille depuis longtemps, comme Guy Limone, certains avec qui je démarre, comme Sun Yuan et Peng Yu, et d’autres avec lesquels je ne
travaille plus, comme Wendy Jacob. Celle-ci ne crée plus, mais nous allons présenter une oeuvre, Wall : il s’agit d’un mur qui respire.

En parlant de murs : un mot sur la scénographie ?
Je préfère parler d’accrochage. 5 000 m² scénographiés, ça coûterait cher au contribuable. Mais ce n’est pas nécessaire : une énorme scénographie est un aveu de faiblesse des oeuvres.

Vous êtes marchand, mais y a-t-il des oeuvres dont vous ne vous sépareriez pas ?
Eh bien, Hommage à Francis Bacon de Takashi Murakami, qui est présentée à Lille. À chaque fois qu’il la voit dans une exposition, il s’étonne que je la possède toujours. On m’en a, encore récemment, offert une somme très, très importante, mais j’ai toujours refusé.

Pieter Versmeersch, Guy Limone, PAROLES D’ARTISTES

Jean-Michel Othoniel, FÉERIE GÉNÉRALE

Dossier réalisé par Thibaut Allemand & Elsa Fortant
Informations
Lille, Le Tripostal

Site internet : http://www.lille3000.eu

11.10.2013>12.01.2014mer> dim, 10h > 19h, ven & sam, 10h > 20h, 6/4€
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