À la santé du roi !

©CiciOlsson

Le 21 juillet dernier, lors de l’accession au trône de Philippe (ou Filip, c’est vous qui voyez), fut longuement évoquée l’unité, fragile, du royaume de Belgique, tiraillé entre ses communautés linguistiques. Heureusement, aucune animosité entre le KVS et le Théâtre National : échange et partage sont les maîtres-mots d’une tournée générale qu’on paie bien volontiers !

Qu’est-ce qui sépare le KVS, néerlandophone, du Théâtre National, francophone ? 385 mètres, soit six minutes à pied, selon Mappy. Impossible de s’ignorer. Depuis 2007, les deux institutions s’invitent l’une chez l’autre, proposant leurs coups de cœur (pas forcément leurs propres productions) susceptibles de plaire au voisin. L’occasion de découvrir des spectacles surtitrés pour l’occasion – chose rare, car chère. Bien sûr, le langage utilisé joue un rôle dans l’interprétation : plus guttural, le néerlandais induit un jeu plus physique que le français, comme l’expliquait Jos Verbist, qui mit en scène Baal, de Brecht, dans les deux langues – et dont le premier rôle était tenu par le francophone Vincent Hennebicq, qui présente ici Heroes (Just For One Day). Le monde est petit, non ? À regarder plus près ces six propositions, on s’aperçoit que les valeurs sûres invitées ici (Joël Pommerat, Fumiyo Ikeda et Alain Platel ou Fabrice Murgia…) collaborent parfois, par-delà les idiomes. À l’aise dans les deux langues, Josse de Pauw récite ainsi un texte de Thomas Gunzig, et rend hommage à Thelonious Monk en compagnie de Kris Defoort. Enfin, soulignons qu’Arno, le Belge définitif, conclut les festivités. Pour l’anecdote, le chanteur clôt également Bazaar België (voir ici). À croire que la stabilité du pays repose davantage sur les épaules du vacillant Arno que sur celles du nouveau monarque.

Missie_C_Koen Broos

Missie_C_Koen Broos

MISSIE
Texte de David Van Reybrouck, Mise en scène de Raven Ruëll
David Van Reybrouck et l’Afrique, c’est une longue histoire. Dans le désordre, Citons L’Âme des termites
(créé avec Josse De Pauw), Le Fléau, ou encore Congo, Une Histoire. Bref, cet universitaire connaît son sujet. Missie est un monologue inspiré de ses nombreux entretiens avec des missionnaires de tous ordres. De ces rencontres, l’auteur (athée) a tiré un spectacle pétri d’humanité, et d’humour. Un théâtre documentaire qui interroge la question de l’engagement sans aucun manichéisme.
05&08.10, Grande salle (en français), 20h15

RAYMOND
Thomas Gunzig, Manu Riche, Josse De Pauw
Raymond Goethals en quelques mots ? Un entraîneur visionnaire, qui rhabilla les diables rouges en blanc (si si!) et emmena l’OM à la conquête de la Champion’s League. Bref, pas de la petite bière. Mais de ça, Thomas Gunzig se fout, ou presque. Si l’on croise Scifo ou Maradona, le football est ici prétexte et la pelouse, une grande métaphore de la vie. Mis en scène par Manu Riche (réalisateur, pour Strip-Tease) et incarné, dans les deux langues, par l’incontournable Josse de Pauw, ce Raymond est un solo enlevé sur l’existence, ses affres, ses doutes. Magistral.
Lire notre interview de Thomas Gunzig
09>11.10, Grande salle (en français et néerlandais), 20h15, sf mer, 19h30

Thibaut Allemand
Informations
Bruxelles, KVS

Site internet : http://www.kvs.be

05.10.2013
Articles similaires