Home Best of Interview Todd McLellan

Déroule des mécaniques

© Todd McLellan motion/stills inc.

Bienvenue sur la table d’opération de Todd McLellan! En bon maniaque, l’artiste canadien dissèque des objets du quotidien pièce par pièce, avant de les restituer en d’étonnantes compositions et explosions. Ainsi, il nous interroge sur notre rapport à la consommation et notre tendance au gâchis. Tout y passe : vélo, téléphone, appareil photo, extincteur, horloge ou encore tondeuse. À vous d’admirer les rouages d’un travail qui démonte!

Comment est venue l’idée de Things come apart, et quel en est le principe ?
Elle repose sur l’exploration des objetsque je collectionnais. Chacun d’entre nous utilise quotidiennement ces ustensiles, sans jamais prendre le temps de penser à la manière dont ils fonctionnent ou ce qu’ils renferment. Un jour, j’ai voulu les photographier pour en révéler la beauté intérieure.

Enfant, étiez-vous un adepte des Lego ou du Meccano ?
J’étais totalement fan des Lego ! J’adore la liberté qu’ils offrent, leur façon de stimuler l’imagination. On pouvait construire des trucs dingues rien qu’en jonglant avec de petits rectangles en plastique.

Comment avez-vous sélectionné vos objets ?
Je me suis d’abord concentré sur ce qui m’entourait. Puis j’ai ardemment cherché des bricoles dans des magasins d’occasion ou en me tournant vers mes amis. Il s’agissait de disséquer tous les objets de la vie courante, depuis le mixeur le plus banal jusqu’aux tablettes numériques. J’ai longuement hésité à m’occuper de la technologie digitale, pensant que mes découvertes seraient limitées. J’avais tort, car je comprends désormais comment tout est assemblé.

Cette série est-elle une charge contre la société de consommation ?
En partie. Mais je plaide coupable, n’étant pas moi-même un consommateur modèle. Certes, j’essaie de privilégier des objets de qualité, durables et résistants. Mais même quand on est de bonne volonté, c’est très difficile. Par exemple, lorsque la télévision de mes parents est tombée en panne, ils souhaitaient remplacer le tube cathodique, mais c’était impossible. Il ont dû racheter un appareil. Je crois que je suis né juste après l’époque où les gens réparaient au lieu de remplacer… Désormais, nos produits sont étudiés pour être accessibles au plus grand nombre, mais nous subissons leur obsolescence programmée. Cela dit, la tendance peut s’inverser. Recycler est une chose, consommer moins en est une autre. Si nous réduisons notre consommation, nous n’aurons même pas besoin de recycler.

Comment mettez-vous en scène vos photographies ?
Je ménage une ambiance feutrée, tamisée, afin que le regard se concentre sur les pièces. Je reste également fidèle à un principe : les éléments apparaissent exactement dans l’ordre selon lequel ils ont été démontés. C’est-à-dire qu’en les regroupant, ils reforment exactement l’objet initial. Pour ce faire, j’utilise de toutes petites boîtes dans lesquelles je range chaque élément. Je les (re)place au millimètre près. C’est très minutieux, rien à voir avec un heureux hasard.

Comment procédez-vous techniquement dans le cas de vos explosions ?
Je prépare la chute et l’éclatement,mais l’objet doit s’exprimer lui-même. Je remets le métier sur l’ouvrage jusqu’à ce que j’obtienne l’effet désiré. Cette explosion doit toujours permettre d’appréhender le sujet globalement, pas comme un ensemble de morceaux épars.

Au-delà de cette série, quelles sont vos sources d’inspiration ?
Le monde qui m’entoure m’influence,évidemment, mais j’aime me plonger dans le passé, notamment à travers la sculpture et la peinture. En quête de sérénité, je me projette dans un lieu imaginaire, source d’inspiration inépuisable.

Nicolas Pattou

« J’ai voulu photographier ces objets pour en révéler la beauté intérieure  »

Things Come Apart : A Teardown Manual for Modern Living by Todd McLellan, Ed. Thames & Hudson, 128 p., 23,32€

Articles similaires
Metro © Zak Eazy

© Zak Eazy