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Big bang

© Balloide Photos

Voici dix ans, était extraite l’ultime paillette de charbon de la fosse 9-9 Bis, à Oignies. Aujourd’hui restauré et réhabilité, le site a tout l’air d’un poumon culturel pour l’agglomération Hénin-Carvin et, surtout, accueille une salle de concert à l’architecture unique au monde – ni plus, ni moins. Tour du propriétaire d’un lieu flambant neuf (neuf bis, forcément).

Rouge écarlate et gris anthracite, classique, mille personnes debout, cinq cent en places assises, normal, le Métaphone abrite une très belle salle de concert. Mais l’essentiel se trouve d’abord à l’extérieur. Dans ce coin de nature flanqué de terrils et dans cette structure en forme de… mégaphone. En fait, une avancée couverte qui peut tenir lieu de scène, pour un public de cinq mille personnes – et sera utilisée dès l’inauguration. On demeure coi et enchanté devant ces murs en verre dépoli, cette toiture photovoltaïque et ces escaliers en acier Corten. Sur les parois latérales du porche, sont fixés des enceintes et 24 instruments de musique (xylophones, tamtam, gongs, bâton de pluie…). Étrange. Au dessus de nous, se découpe une cabine dont le rouge éclatant tranche avec la façade noire – une régie à partir de laquelle un musicien peut actionner lesdits instruments. Eh oui ! La salle elle même produit de la musique, et de nombreux artistes ont déjà manifesté leur intérêt pour l’engin (le chanteur Loïc Lantoine ou les avant-gardistes Jérémie Ternoy et Christophe Hiriart).

Traditions
Et en attendant ces créations, le bâtiment sonore devient carillon – et renoue ainsi avec le patrimoine nordiste. « Notre programmation mettra en lien patrimoine et musique, expliquent de concert Olivier Galan, directeur du Métaphone, et Justine Flahaut, chargée de communication. Ainsi, dès l’inauguration, nous proposerons des concerts très éclectiques, mais aussi des visites du parcours muséal ». En effet, à deux pas, une salle des machines entièrement restaurée comporte un musée de la vie minière et, d’ici deux ans, accueillera un café-concert qui proposera des musiques intimistes. Sans oublier la reconversion des vestiaires qui prévoit des studios de répétition, un auditorium, une salle de danse, un centre de ressources… Par ailleurs, la saison prochaine accueillera des initiatives originales, tel Apache, spectacle hip-hop autour des musiques d’Alain Bashung, ou encore Cesar d’Englos revient des enfers, du théâtre musical sur la catastrophe de Courrières signé Savério Maligno .

Beau défi
Enfin, le Métaphone se trouve confronté à quelques défis de taille. À commencer par la mairie d’Hénin-Beaumont qui, si elle tombe aux mains du Front National, risque de revoir ses subventions à la baisse – voire de les couper, tout simplement. Heureusement, le projet est porté par la Communauté d’Agglomération d’Hénin-Carvin et financé par la Région, le Département, l’État et par des fonds européens. Autre challenge : si le bassin minier manquait cruellement d’une salle de cette envergure, elle se trouve à 25 minutes de Lille. Si loin, si proche… Pour l’heure, l’équipe évoque la mise en place de navettes. Enfin, les oiseaux de mauvaise augure doutent que la population locale s’intéresse aux concerts – et à la culture en général. À ceux-là, on propose de faire un tour au Louvre-Lens, qui essuyait les mêmes accusations voici quelques mois…

Thibaut Allemand
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