Home Reportage Roller Derby

© Sebastien Czeryba

Dans les enceintes, du rock’n’roll. Sur la piste, déboulent de sacrées gonzesses en patins à roulettes. Petits shorts, collants déchirés, visages peints, corps parfois tatoués. La présentatrice en costard égrène leurs noms : Madame Denfer ! Lady B Hurt ! Brutal Brunette ! Le roller-derby, encore un de ces sports-spectacles pour mater les fesses de filles qui se crêpent le chignon ? Au premier coup de sifflet, la réponse est non. Les chocs et les chutes ne sont pas du chiqué, les blessures sont bien réelles. Les jams s’enchaînent, la tension monte et les points s’accumulent. Bon, c’est quoi, le roller-derby ?

Née aux États-Unis en 1935, cette discipline allie course, contacts et un peu de spectacle. Pour l’anecdote, au début, on la nomme également rollercatch et, comme son cousin sur ring, son histoire est faite de hauts et de bas. Dans les eighties, les courses se raréfient, victimes de promoteurs exploitant uniquement l’aspect sexy et truquant les matches. À l’aube des années 2000, ce sport difficile et exigeant est remis au goût du jour. En Europe, l’engouement a même connu un pic avec la sortie, en 2010, du film Bliss de Drew Barrymore. Une charmante bluette qui oublie de montrer les heures d’entraînement, les centaines de gadins et la débrouillardise de certaines. À Lille, par exemple, évoluent les SwitchBlade RollerGrrrls. Leur fondatrice et coach, Marie- Liesse Leclère, alias Witch Wolf, se souvient : « Nous étions un petit groupe de copines qui voulions jouer, mais il n’y avait ni club, ni salle, ni matériel… Alors je me suis formée pour devenir coach. Et nous nous sommes entraînées en extérieur durant neuf mois ». Pas évident : « Le sol est plus dur et les chutes, plus douloureuses ! ». Quant au matériel, rarissime en Europe, il fallait le commander aux États-Unis, jusqu’à ce qu’une boutique spécialisée ouvre à Gand, tenue par… une joueuse des pionnières Go Go Ghent Roller Girls. Un modèle dans le nord de la France, tout comme les Blackland K’ Rollin’ de Charleroi.

Fair-play
Si on échange des coups, on se donne aussi des coups de main. Les roller girls assistent aux matches des autres clubs, se prêtent les arbitres, s’échangent des informations, se déplacent pour former les équipes tout juste constituées. À tel point qu’aujourd’hui, la Belgique compte dix ligues et la France, une trentaine « Ce sport a connu un développement incroyable grâce à l’enthousiasme des bénévoles : joueuses, arbitres, coaches, supporters… » se réjouit Marie. Qui s’énerve que l’on « ne parle que des minijupes et bas résilles ! Oui, c’est un sport fun, où les joueuses arborent des peintures de guerre et portent des pseudos. Mais c’est avant tout une discipline de vitesse, de contact, d’endurance et de stratégie, qui demande beaucoup de détermination ! ». Si vous êtes tentée, préparez- vous à plusieurs entraînements longs et douloureux par semaine, des bleus et des contusions, un matériel qui coûte cher. Ça ne vous fait pas peur ? Alors voyez les recrutements des ligues locales, et tentez de devenir « fresh meat ». Vous apprendrez l’essentiel : tomber, rouler, freiner, stopper, bloquer. Une fois acquises les compétences de base, à vous les matches. C’est aussi le moment de choisir votre nom de scène, reflet de votre personnalité (« Par exemple, Kelly Diote est très tête en l’air »…). Pas de ligue dans le coin ? Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Dossier réalisé par Olivia Volpi, Photos : The Switchblade RollerGrrrls © Sébastien Czeryba - Match de Roller Derby, The Switchblade RollerGrrrls vs La Boucherie de Paris © Mathieu Drouet, Illustrations : Gisèle Sobecki

La règle du jeu

Une partie se joue en entre 2 équipes de 14 joueuses et deux mi-temps de 30 minutes. Chaque mi-temps comporte plusieurs jams, qui durent 2 minutes maximum. Chaque équipe envoie 5 joueuses sur la piste ovale, le rink. Commence alors une course de vitesse entre deux jammeuses. Facile ? Non, des blockeuses les empêchent de passer, les poussent hors du rink ou les font tomber. Heureusement, les jammeuses peuvent compter, dans leur équipe, sur la pivot, une blockeuse spéciale. On marque un point à chaque blockeuse dépassée (enregistré par les non skating officials). Onze arbitres veillent au grain, envoyant en prison les fautives. Maintenant, les stratégies : obtenir le lead, profiter d’un power jam… Vous êtes perdu ? Venez donc voir un scrimmage (match amical) ou un bout (match officiel), ce sera plus facile à comprendre sur le terrain

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