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Le Prisonnier - Sommes-nous tous des numéros ?

Éd. PUF

Que l’on ait vu ou non Le Prisonnier, on a tous en tête l’image de cet homme perdu dans un village apparemment paradisiaque, se demandant (en vain ?) ce qu’il fiche là, pourquoi, et comment s’en échapper. Si la série mythique a déjà fait l’objet de nombreuses études, Pierre Sérisier, journaliste spécialiste des séries pour Le Monde, s’y colle dans un bref recueil. Certainement pas le dernier.

Démissionnant sans préavis, un agent secret au service de la Couronne britannique se réveille dans un village artificiel, de type méditerranéen. Dans ce lieu aseptisé, le Rôdeur (une énorme boule blanche), allégorie des forces de l’ordre, étouffe au propre comme au figuré toute tentative de fuite. Entre caméras et couvre-feux, les habitants, dociles et soumis, ne sont plus que des numéros et notre héros devient Numéro 6. La communauté est dirigée par un Numéro 2 chargé de lui apporter bonheur et sécurité. Reste une question, que l’autorité pose sans relâche à Numéro 6 : pourquoi a-t-il démissionné ?

« Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! »
En entomologiste du petit écran, Sérisier dissèque cette dystopie un tantinet psychédélique. Diffusé en 1967, en pleine crispation des relations Est-Ouest, Le Prisonnier renvoie autant à Kafka qu’à Orwell et symbolise surtout les régimes autoritaires du Bloc de l’Est. On peut également y voir la lutte de l’individu face au groupe, voire à sa propre condition. Outre ces riches analyses, Sérisier apporte des éclairages sur la conception de cette série : acteur, réalisateur, scénariste, producteur, directeur de casting, Patrick McGoohan a sans doute mis beaucoup de lui-même, de son pessimisme et de son indignation dans cette oeuvre qui, aussi personnelle soit-elle, tend à l’universel – et n’a pas pris une ride.

Florian Koldyka

152p., 12€