Home Best of Interview Marco Lamensch

Strip-Tease aux rayons X

Diffusée en Belgique (1985-2002) et de façon trop irrégulière en France depuis 1993, Strip-Tease a acquis le statut d’émission-culte. Marco Lamensch hausserait sûrement les épaules, lui qui évite à tout prix les tics, facilités et raccourcis journalistiques. À l’occasion de la parution d’un nouveau coffret rétrospectif, on a voulu en savoir plus sur ce programme vraiment pas comme les autres.

Quel fut votre parcours avant Strip-Tease ?

Rien ne me prédisposait à la télévision. Je suis physicien de formation, et je suis entré à la RT BF un peu par hasard, pour travailler pour une émission scientifique, puis dans une émission de reportages. J’ai donc appris sur le tas durant sept ou huit ans, puis j’ai rencontré le caméraman Jean Libon. De fil en aiguille, nous avons imaginé un programme qui s’intéresserait à notre société. Et Strip-Tease est né.

Le succès a-t-il été immédiat ?

Les patrons de chaîne ne comprenaient pas ce qu’on faisait, mais ça fonctionnait auprès du public. Strip-Tease se voulait informatif, tout en poussant à la réflexion. Il n’y a pas d’indication de lieu, de date, ni de voix-off, par exemple. On ne prend pas le spectateur par la main : si Marc-Antoine se brosse les dents, inutile de l’indiquer dans le sous-titre et de le répéter en commentaire.

Comment trouvez-vous vos sujets?

Ça dépend, chacun de nos 850 films  est signé d’un réalisateur, qui possède sa propre patte, et sa méthode : certains traînent dans les bars pour rencontrer des gens, d’autres mènent des enquêtes sur un sujet avant de contacter les intéressés. D’autres, enfin, se fient à leur bonne étoile.

Comment se déroulent les tournages ?

Il y a généralement trois personnes. Un réalisateur journaliste, un cameraman, et un preneur de son. Au début, on tournait comme au cinéma, avec des pellicules de 11 minutes. Or changer la bobine prenait dix minutes. Il fallait donc rester concentré et savoir quand filmer pour ne pas manquer un événement important. Le montage s’effectue quasiment en direct, donc. Les gens oublient vite la caméra car sur un entretien d’une demi-heure, on peut se surveiller. Mais si vous restez avec eux de sept heures du matin à vingt heures, le naturel revient au galop.

Certains ont-il vu leur vie chamboulée, sont-ils devenus la risée de leur ville lorsqu’ils étaient ridicules ?

Je ne pense pas que l’on ait chamboulé la vie des gens. Mais la notion de ridicule suppose deux personnes. C’est une qualité que quelqu’un vous prête ou non. Et ce sont souvent des personnes qui ne sont pas de notre classe, de notre âge ou de notre milieu dont on se moque.

Le problème s’est posé avec ces députés visitant la Corée du Nord…

Oui, mais il y a un meilleur exemple encore : le portrait du bourgmestre de Bruxelles. Un type important présenté au naturel, dans sa vie quotidienne… La Belgique fut stupéfiée et les journalistes « sérieux » nous ont accusés de ridiculiser le personnel politique. Mais  nous n’avions rien inventé ! Pour en avoir le coeur net, ces journalistes ont rencontré le bourgmestre, qui leur a répondu « Pas du tout, ils m’ont filmés tel que je suis ! ».

La réception de l’émission fut-elle différente en Belgique et en France ?

En Belgique, Strip-Tease n’est plus à l’antenne depuis 2002 mais à l’époque, nous étions diffusés en primetime, c’était un programme familial. Et je sais de source sûre que ça a donné lieu à quelques débats dans les foyers. En France en revanche, elle a été estampillée « intellectuelle », et sa diffusion a connu de nombreux changements de jours ou d’horaires. Plus généralement, nous n’avons jamais réussi à filmer des hommes politiques français, par exemple. Les Belges possèdent un sens de l’autodérision qui favorise certains tournages. En règle générale, le Français demande « Vous allez passer ça ? », et le Belge « Ça va passer quand ? ».

Lorsqu’on pense à Strip-tease, on voit souvent une galerie de farfelus…

Absolument. La soucoupe et le perroquet est un film formidable. Ce n’est pas le portrait d’un zinzin, mais l’histoire d’amour  entre une mère et son fils. Bien sûr, le type fait sourire, mais il est touchant. Ce film est poétique et parfaitement filmé. Pourtant, « La Soucoupe… » nous a fait du tort, car on a vu passer des tas de réalisateurs nous proposant tous les zozos de la Terre. Et proportionnellement, il y a plus de farfelus dans la réalité que dans Strip-Tease.

Propos recueillis par Thibaut Allemand
Informations
Coffret 3 DVD Strip-Tease - vol. 16-17- 18 (Éd. Montparnasse)

« On ne prend pas le spectateur par la main »

« Les gens oublient vite la caméra »

 

 

Articles similaires