Home Best of Interview Lou Doillon

Promesses

Places (Barclays / Universal)
© DR

Sincèrement, on n’en menait pas large au moment de rencontrer Lou Doillon. Les quelques films et photographies laissaient présager un tempérament volcanique et bien décidé à en découdre. Des dizaines d’écoutes de l’intimiste Places plus tard , on découvrait d’autres facettes , plus introspectives et émaillées de fêlures. Bref, on ne savait sur quel pied danser . On s’inquiétait pour rien : franche et pleine d’humilité, Lou Doillon séduit. Et convainc, surtout.

Vous écrivez et composez depuis sept ans déjà, mais n’aviez jamais rien publié. Pourquoi ?
Je suis d’un caractère assez late bloomer. J’ai besoin de temps et j’ai attendu d’en avoir envie plus que tout. Jusqu’ici, j’avais rencontré des gens qui souhaitaient simplement exploiter mon nom ou bâcler un projet pour faire du blé. Étienne Daho fut déterminant car il n’avait rien à prouver et désirait produire cet album pour une seule et bonne raison : la musique.

Etes-vous entièrement satisfaite du résultat final ?
Je souhaitais surtout enregistrer vite et simplement. Je voulais retrouver l’ambiance des Lp’s des 70’s qui sont centrés sur une énergie, une rapidité d’exécution – tous les Dylan, les Cohen, le blues… Finalement, les artistes sont partis en vrille dans les années 80, en passant cinq ou dix ans dans un studio. Voire plus avec les Guns N’ Roses ! (Sourire.) En ce qui concerne le studio, je suis une bleue, et lorsqu’une chanson est écrite, d’une certaine manière, elle est prête. À la limite, si on m’avait proposé des arrangements salsa, j’aurais pu être réticente, mais j’aurais certainement dit « Oh, ben fais voir… ». Mais ça n’a jamais été le cas, heureusement ! (Sourire.) Étienne Daho a demandé aux musiciens de jouer en retenue, afin de respecter les versions originales guitare-voix.

Vos chansons sont le reflet de vos états d’âmes. Êtes-vous tentée par la chronique, la narration, à la manière d’un Ray Davies, par exemple ?
J’essaye, et j’y ai pensé, mais ça ne s’est pas fait pour plusieurs raisons. D’une part, le « je » est venu naturellement. Mais je ne savais pas comment l’album serait perçu, j’ai eu un peu peur. Avec ce statut de fille-de, soeur-de, it-girl, modeuse ou je ne sais quoi, j’ai évité de me mettre à la place des gens du coin de la rue. Je me suis donc concentrée sur des drames personnels, amoureux. Car ces blessures-là, les plus personnelles, sont universelles.

Vous avez signé pour trois albums. En écrivant de nouvelles chansons, vous êtes-vous découvert des tics d’écriture ?
Oui. Par exemple, le mot « places », qui est dans la chanson-titre, se retrouve aussi dans I.C.U. et dans Same Old Game. Mais je ne m’en suis aperçu que récemment. En fait, on découvre des choses sur soi-même, des obsessions. Et en ce qui concerne la composition ? Depuis un mois, j’ai recommencé à écrire, et c’est très différent : faire de la musique toute seule, c’est comme jouer un tennis avec personne en face. Je ne suis pas une grande guitariste, je connais seulement quelques accords, mais j’ai beaucoup appris au contact des musiciens. En un an, mon approche de l’instrument a plus changé que durant les six dernières années. De plus, avant, ma voix avait tendance à occuper tout l’espace pour toucher le plus possible.

Pour l’heure, l’accueil est chaleureux. Vous ne vous y attendiez pas…
Non, je n’en reviens pas. On a été disque d’or en dix jours, et ça marche en France, en Suisse, en Belgique, et pas seulement dans un microcosme modeux ou hypeux. De toute façon, je ne pense pas que ça les intéresse. Pour l’instant, c’est un album populaire, qui plaît aux « vrais gens ». Oh non, je parle comme Sarkozy ! (Sourire.) Je ne me l’explique pas, ou alors en me disant que c’est un album honnête et humble. Aujourd’hui, on essaie toujours d’embrouiller les gens, en affichant le travail de 300 personnes, sur 42 pistes pour le moindre single… Or, ici, on a simplement travaillé honnêtement.

Et la scène, c’est nouveau, en tant que chanteuse ?
Oui, mais j’ai eu la chance de participer à deux pièces très bizarres où je jouais lumières allumées, seule face au public. C’est une expérience étrange, mais j’aime voir les visages, les réactions. Désormais, c’est encore différent, les gens commencent à connaître les paroles, à chanter, et je n’ai jamais vécu un truc plus divin de ma vie !

Propos recueillis par Thibaut Allemand, Photos : DR, Mathieu Zazzo
Concert(s)
Lou Doillon
Lille, Théâtre du Casino Barrière
16.11.2013 à 20h3039/36/33/27€

À écouter /
Places (Barclay/ Universal)Lou Doillon, Places, Cover

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