Eric Antoine © DR

Votre sens de la théâtralité prévaut sur la magie, car vos tours sont assez classiques, finalement.
C’est vrai. Par rapport à la magie nouvelle, ce que je fais reste très traditionnel. Avec Réalité ou Illusion, je présente une dizaine de tours, pas plus. J’ouvre le spectacle avec une série d’effets, histoire de poser le personnage, mais je privilégie l’humour et le dialogue. Cela relève plus du cabaret ou du caféthéâtre, avec des vannes adressées aux publics. Mysteric, mon nouveau spectacle, est construit différemment. Il est plus écrit, plus théâtral. On reprend quelques classiques, comme la femme coupée en deux, mais avec une mise en scène et des effets originaux, comme une lévitation, par exemple, ou la psychokinèse: les gens pensent que je les touche alors que je suis loin d’eux. Ca relève du mentalisme.

Le mentalisme, qui amène toujours le soupçon du complice.
Oui, c’est malheureux. Mais on en joue, justement : ma chérie se fait passer pour une spectatrice lambda, servant des effets incroyables… avant de révéler la supercherie. Et finalement, la manière dont on la dévoile est encore plus intéressante que les tours eux-mêmes. On pose ainsi la question de la crédibilité et de la naïveté. Mais le reste du temps, l’intervention d’un complice ne m’intéresse pas.

La magie connaît-elle une uniformisation à l’échelle mondiale ? Reste-t-il des particularismes ?
Les deux. Les Anglo-Saxons imposent les grandes tendances, mais des identités nationales subsistent dans les pays émergents. En Inde, les magiciens appartiennent à la caste des saltimbanques et transmettent leur savoir de père en fils. Ils se produisent dans la rue, au milieu du public, et leurs effets sont différents. En Chine, le costume influence les tours : on ne cache pas la même chose sous une robe de mandarin que dans un costume européen. Les enfants inscrits à l’école de cirque cultivent la performance, très pointue, mais très traditionnelle. C’est une vision perfectionniste, mais un peu esclavagiste aussi. En Occident, les avancées technologiques offrent de nouvelles possibilités, reposant sur la vidéo, la fibre optique… On effectue désormais des tours avec des iPads.

La réaction du public devant la magie est-elle variable d’un pays à l’autre ?
Les Américains sont fous : « Oh my God, you’re amazing ! I can’t believe it ! ». En France, tu fais le même tour dans la rue, les gens répondent « J’ai pas le temps. » Nous sommes plus cartésiens, plus ironiques, nous avons plus de distance. Et puis, on est plus intelligents, aussi ! (rires.) Je pense surtout que certains intellectuels ou des individus qui manquent de confiance en eux n’aiment pas la magie, car ils ne supportent pas de se faire avoir.

Y a-t-il des tours que vous n’avez jamais réussi à accomplir ?
Oui. Le close-up, par exemple, c’est un peu comme le violon, où il existe de véritables paliers de technicité. Or, je ne suis pas un grand technicien. J’ai une bonne culture de la magie, mais j’insiste sur la mise en scène. Citer un tour est inutile, c’est du jargon, mais il existe des tours de cartes que je ne peux réaliser, faute d’habileté. (voix théâtrale : ) Je compense ce que je n’ai pas dans les doigts par ce que j’ai dans la tête, le cœur et la langue !

propos recueillis par Thibaut Allemand
Informations
Bruxelles, Théâtre 140

Site internet : http://www.theatre140.be

du lundi au vendredi de 12h à 18h
les samedis, dimanches et jours fériés de représentation de 15h à 19h
le soir du spectacle à partir de 19h45 (paiement en liquide uniquement)

02.05.201220h30, 29/25€
Lille, Théâtre Sébastopol

Site internet : http://www.theatre-sebastopol.fr/

09.05.201220h, 33/30€
Saint-Amand-les-Eaux, Le Pasino de Saint-Amand-les-Eaux
11.05.201220h30, 29€

Dates en octobre 2012 : le 19 à Liège, Festival du rire de Liège, le 20 à Roubaix, Colisée, le 21 à Bapaume, Espace Isabelle de Hainaut.

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