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Le Passé Révélé

Unidentified Young Boy Wearing a Large Hat, 1860s

Alors que le numérique règne en maître, charriant une foule d’apprentis photographes, la Box Galerie de Bruxelles présente une étonnante exposition de ferrotypes (« tintype » en anglais), soit quelque 150 clichés datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Un regard sur une certaine mémoire collective, celle des grands mythes couleur sépia d’Outre-Atlantique.

Mis au point dans l’Ohio en 1856, le procédé du ferrotype est constitué d’une mince plaque d’acier sur laquelle s’imprime la lumière, et donc l’image photographiée. Le support n’étant pas transparent, il empêche sa reproduction, ce qui rend chacun de ces clichés unique. Son âge d’or se situe entre les années 1860 et 1890, et s’impose très rapidement en Amérique comme le moyen le plus facile de se faire tirer le portrait : pas cher, finalisé en quelques minutes, le ferrotype permet aux moins nantis d’avoir enfin accès à la photographie – et à nous de mieux saisir ce quotidien, le leur, à la fois si lointain et si proche. En quelques années les studios se multiplient, en ville ou mobiles, afin de battre la campagne au fil des foires et des fêtes locales.

Derniers témoins
« Ces images racontent vraiment l’histoire profonde des Etats-Unis. Avant cela, les petites gens n’étaient jamais photographiées : le daguerréotype était trop cher et l’ambrotype, trop fragile », précise Alain D’Hooghe, co-gérant de la galerie. Alignés en file indienne, tous les clichés rassemblés (environ 150, presque tous au format 6 x 10 cm) montrent l’Américain moyen posant sans apprêts, le plus souvent devant un drap tendu ou une toile carte postale… Et généralement sérieux comme un pape. Le sourire n’est pas encore un… réflexe. Face à tant de nouveauté, le visage est crispé – intimidé par cette postérité qui pointe au bout de l’objectif. Avec l’apparition des appareils « de poche » Kodak en 1888, le déclin du tintype sera vite consommé… L’émotion qui transpire de ces humbles portraits n’en est que plus tangible. Il plane comme un parfum d’éternité.

Grégory Escouflaire
Informations
>14.04.2012

Bruxelles, Box Galerie, mer>sam, 14h>18h, gratuit, + 32 (0)2 537 95 55, www.boxgalerie.be

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