Home Cinéma Mort d’une nation

© Grove Hill Productions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En deux films seulement, Jeff Nichols s’est imposé comme un réalisateur important. Avec Shotgun Stories (2008), tragédie sur fond de vengeance dans un village sudiste et l’apocalyptique Take Shelter (Grand prix de la critique à Cannes 2011), il compose une fascinante allégorie de l’Amérique contemporaine.

Curtis LaForche (Michael Shannon) est-il schizophrène, comme sa mère ? Pourquoi ce père de famille est-il en proie à des cauchemars et des hallucinations ? Q ue sent-il approcher, lorsqu’il imagine que le ciel gronde ou éclate en gouttes d’une poisse jaunâtre ? Comme dans Melancholia (2011), la fin du monde est imminente. Mais si Lars Von Trier l’accueillait avec soulagement, ici l’angoisse domine. Décrivant minutieusement la vie quotidienne, Nichols atteint une puissance allégorique rare. A travers les difficultés économiques d’une famille banale il pointe la fragilité d’un système et, pire, de l’Amérique comme utopie.

Krach

Rarement on aura vu une telle importance accordée à l’argent – celui, quotidien, que l’on gagne dollar après dollar, et qu’un crédit, une maladie grave, risquent d’engloutir. Le mythe de l’American way of life inscrite dans une terre d’abondance qu’il suffisait de faire fructifier, se délite. Il n’y a alors plus de refuge, ni dans la famille, l’amitié ou la communauté, ni dans les institutions. En ce sens, Nichols réussit un passionnant film politique : la tempête qui menace cette utopie ne vient pas, comme d’habitude, de l’extérieur. Elle est le souffle de son propre effondrement.

Raphaël Nieuwjaer

TAKE SHELTER De Jeff Nichols, avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart,… Sortie le 4 janvier.

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